L'âpre poursuite du cachalot blanc

©Herman Sorgeloos

Quand Transquinquennal talonne le "Moby Dick" d’Orson Welles. La poursuite est encore en cours!

Le collectif théâtral Transquinquennal présentait ce dimanche la première de son adaptation de "Moby Dick" tirée du texte d’Orson Welles, lui-même inspiré par le roman d’Herman Melville. Le texte, méconnu, a obtenu cet automne les faveurs du public à l’issue de l’appel aux votes "À vous de choisir", lancé par la compagnie à l’occasion de son 25e anniversaire. En moins de deux mois, il s’agissait de monter ce spectacle et d’en faire traduire le texte jusqu’alors seulement disponible en anglais. Un défi qui a soulevé l’enthousiasme du Théâtre de Liège qui a accepté d’abriter cette prise de risque dans sa grande salle jusqu’au 23 janvier.

©Herman Sorgeloos

Le "Moby Dick" de Melville raconte longuement le périple du mousse Ismaël à bord du baleinier le "Péquod". À son commandement, le capitaine Achab, vieillard mystérieux, tyrannique et charismatique qui entraîne son équipage dans sa poursuite vengeresse du cachalot blanc qui lui a dévoré une jambe. C’est une chasse funeste autour du monde, placée sous le signe d’une folle obsession et l’orgueil insensé d’un seul homme. C’est la bataille du Bien contre le Mal. Dans son adaptation, Welles s’attache, lui, à l’essentiel, autrement dit, le déchirement mental dont souffre Achab.

Men at work

C’est une chasse funeste autour du monde placée sous le signe d’une folle obsession et l’orgueil insensé d’un seul homme.

Transquinquennal n’avait pas caché (lire "L’Echo" du 16/01/16) que, vu le court laps de temps de préparation, une part d’improvisation serait présente. En effet! Le public de cette première a eu droit à un brouillon. Certes, avec du potentiel. Malheureusement, les dialogues étaient souvent incompréhensibles. Des acteurs pas encore bien imprégnés de leur personnage, parfois embrouillés. Un jeu encore cafouillant lors de la première, mais assumé comme tel, ce qui eut l’avantage de faire régulièrement sourire la salle. Une matière présentée brute, un effet pas inintéressant en soi mais dans le public, l’observation du processus a eu tendance à prendre le pas sur la compréhension de la pièce elle-même. Les tourments d’Achab passant malencontreusement à l’arrière-plan, enfouis dans cet embrouillamini.

On salue cependant Mélanie Zucconi dans son rôle d’Ismaël, le narrateur. L’actrice porte la pièce sur ses épaules et constitue l’élément intelligible, le fanion auquel se référer lorsqu’on perd le fil. On regrette par contre le quasi retrait d’Achab qui semblait bien peu présent alors qu’il est censé être l’élément principal. Pourtant, Jan Hammenecker offre quelques scènes où l’on peut deviner la puissance dramatique que son personnage prendra – on l’espère – les prochains soirs. Quant aux autres comédiens, ils semblaient encore chercher leur place et courir après un rythme encore indéterminé.

©Herman Sorgeloos

Bon point pour la scénographie et les costumes de Marie Szersnovicz. Très bon point pour les 5 jeunes musiciens du Conservatoire de Liège. On souhaiterait de leur part encore plus d’implication car leur musique, en grande partie improvisée, apporte avec bonheur l’intensité dramatique et la violence qui faisait parfois défaut sur scène.

Nous n’oublions bien entendu pas le caractère expérimental de la mise en place de cette pièce. Chaque soir de cette unique semaine de représentations proposera une version différente, toujours un peu plus aboutie que la précédente. Une occasion de découvrir pour la première fois en français le texte d’Orson Welles et de prendre part de bonne grâce et en toute légèreté au défi original de Transquinquennal.

Avec Jan Hammenecker, Mélanie Zucconi, Bernard Breuse, Lucie Guien, Stéphane Olivier, Véronique Stas, François Bertrand.

Jusqu’au 23 janvier au Théâtre de Liège, 04 342 00 00, theatredeliege.be.

Note: 2/5.

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