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"L'Attentat", osé et dérangeant

L'acteur palestinien, Atta Nasser. ©Hubert Amiel

En mêlant littérature, théâtre, cinéma et musique, Vincent Hennebicq ose une adaptation originale et troublante du célèbre roman de Yasmina Khadra, "L’Attentat".

Tel Aviv, été 2017. Amine et Sihem sont mariés depuis quinze ans. Il est chirurgien renommé et parfaitement intégré. Elle est belle, intelligente, moderne. Choyée par son mari, adulée par ses amies. Palestiniens naturalisés Israéliens, leur vie a des airs de paradis satiné, aseptisé, à mille lieues des bombes et des affronts qui rongent les cœurs et anéantissent les rêves de part et d’autre d’un mur invisible pour ceux qui préfèrent être aveugles.

Pourquoi Sihem choisit-elle alors de renoncer à sa vie et à son amour en allant se faire exploser au milieu d’un restaurant bondé d’enfants en plein cœur de la capitale? Et pourquoi Amine n’a jamais détecté la rage qui triturait les tripes de la personne qu’il était censé connaître le mieux?

"J’ai voulu donner la parole à des gens qui ont des opinions que je ne partage pas." vincent hennebicq

Cette quête de vérité qu’Amine va entreprendre a incité Vincent Hennebicq, le metteur en scène, et Fabian Fiorini, le compositeur, à se rendre sur place pour confronter le roman à la réalité. Un projet soutenu, tout au long de sa création, par le Théâtre National (Studio TN), engagé sur les grandes questions de société et d’actualité.

Un voyage nécessaire

"Yasmina Khadra dit qu’il ne s’est jamais rendu en Israël et en Palestine pour écrire son roman, explique Vincent Hennebicq. Pourtant ses descriptions sont extrêmement précises, c’est fascinant. Je voulais confronter la réalité en me rendant sur les lieux décrits dans le livre et aussi en prenant un acteur palestinien, Atta Nasser, qui connaît la situation, qui ne triche pas et qui sait de quoi il parle."

Si le roman a été écrit en 2005, Vincent Hennebicq a voulu savoir ce que pensent ceux qui font l’histoire aujourd’hui. "Que diriez-vous à Amine?" De Tel Aviv à Jérusalem, Janin et Ramallah, les réponses, projetées sur grand écran, sont sans équivoque. Elles dérangent le spectateur, submergent les sens, bousculent le profane. Mais le surprennent aussi, par leur sagacité.

"Ce qui est intéressant dans le roman, c’est que le personnage d’Amine refuse systématiquement d’accepter les réponses qui lui sont apportées. J’ai donc voulu donner la parole à des gens qui ont des opinions que je ne partage pas."

Au royaume de l’absurde, la peur est souveraine. Mais latente et domptée, elle semble faire corps avec les âmes. "On me disait là-bas que la peur était l’épice de Jérusalem, poursuit Vincent Hennebicq. Les gens se regardent avec méfiance mais ils ont envie de communiquer, partager ce qu’ils ressentent. Ils ne se connaissent pas du tout d’un côté ou de l’autre du Mur, il n’y a pas de communication et peu de partage. Ce voyage m’a aussi rendu triste, on est face à l’échec des valeurs fondatrices de l’humanité. Et ceux qui veulent résoudre les problèmes ne sont pas entendus. Ce n’est pas la paix qui est érigée en étendard."

Réaction
  • Présent pour la première représentation de "L’Attentat" à Bruxelles, Yasmina Khadra a salué l’"œuvre singulière" de cette adaptation musicale.
  • A L’Echo, il a confié: "La pièce s’inspire librement du roman, j’ai apprécié parce que je respecte l’engagement du réalisateur. Certains spectateurs n’ont pas été convaincus. De mon côté, je suis indulgent."

Si la voix chaude et enivrante de Julie Calbete nous émeut en hébreu, les textes sont déclamés en arabe – dont la poésie a séduit Vincent Hennebicq – et en anglais dans la projection. Difficile donc de suivre à la fois l’histoire, les sous-titres et de s’imprégner de la puissance des récits, qui font pourtant toute la richesse et l’originalité de cette adaptation.

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