L'exécution du "Katzelmacher"

Le "Katzelmacher" déclenche la suspicion. ©Ledicia Garcia / Théâtre Océan Nord

L’étranger comme exutoire de toutes les frustrations, une histoire intemporelle transcrite dans une pièce emblématique des années 60… toujours d’actualité.

Jusqu’au 24 janvier, la jeune metteuse en scène Ledicia Garcia propose au Théâtre Océan-Nord à Bruxelles son adaptation de la pièce de Rainer Werner Fassbinder, "Katzelmacher" ("Le Bouc", en français).

C’est avec une troupe de tout jeunes acteurs qu’elle a côtoyés sur les bancs (ou planches) de l’Insas que la jeune femme a monté ce spectacle dont la trame est issue d’une œuvre majeure de la littérature allemande des années 1960.

La fête au "Bouc"

L’aliénation de la xénophobie dans toute sa funeste gloire.

En allemand, "Katzelmacher" est un terme injurieux qui fait référence aux travailleurs immigrés originaires du Sud de l’Europe. Et il s’agit bien de l’un d’eux, un Grec pour être plus précis, qui arrive un beau jour de 1969 au cœur d’une petite ville bavaroise. Au sein de l’ennui poisseux et de la morosité étouffante régnant dans la bourgade – illustrés par une bande de jeunes gens, garçons et filles en débandade – l’arrivée de Jorgos signe le début d’une crise fatale. Le nouveau venu fascine et excite les imaginations, exacerbe les frustrations en tous genres, aussi bien celles liées au travail, à l’argent que celles liées à la sexualité. "Il est mieux bâti que nous", constatera avec honnêteté un des jeunes coqs jaloux. Jorgos bouleverse les femmes, agace les hommes, parle peu, comprend moins encore. Des poussées de fièvre xénophobe s’attachent à chacun de ses actes, personne n’est épargné jusqu’à la crise, inévitable, le sacrifice dû à la peur de la différence et du changement dans une société figée où un repère bouleversé engendre un déchaînement de violence impossible à juguler.

Hier ou aujourd’hui?

Autour d’un grand monolithe allongé tout de blanc recouvert, 4 filles et 4 garçons posent, immobiles, comme pétrifiés. La scène a justement de vagues relents de la "cène" mais sur un fond sonore autrement plus contemporain. Ensemble, ils vont s’animer et faire entrer le spectateur dans leur univers à la fois vide et riche d’espoirs. L’époque est indéterminée: est-ce l’Allemagne des sixties ou est-ce aujourd’hui, ici? Les choses auraient-elles donc si peu changé, dans les tenues, dans la musique, et surtout, surtout!, dans les comportements face à l’étranger?

©Michel Boermans / Théâtre Océan Nord

Une mise en scène et un jeu général parfois un peu inégaux, mais une grande sincérité, une authenticité, voire une spontanéité, qui rattrapent tout. Ces acteurs-là savent ce dont ils parlent, l’amitié, l’amour, la quête de travail, la pauvreté, les rivalités… Cela se sent, cela se voit. À noter également le sympathique choix musical et l’idée de faire interpréter le rôle de Jorgos tour à tour à chacun des acteurs masculins.

"Katzelmacher", jusqu’au 24 janvier au Théâtre Océan-Nord. www.oceannord.org

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