L'optimiste gagne

©Nathalie Borlée

Christine Delmotte adapte avec justesse "Monsieur Optimiste" d’Alain Berenboom, livre dans lequel l’écrivain fait part de l’héritage immatériel de ses parents, leur ancien testament. Une belle histoire… juive.

Aux murs, des ombres, des sil-houettes se découpent; en l’air des chants yiddish; au milieu un couple qui danse et s’étreint: Chaim et son épouse Rébecca Berenboom dans un Bruxelles brussellant, dont le fils raconte aujourd’hui le parcours sur une terre pas toujours promise. Il décrit son père maudissant les Juifs qui ont choisi le communisme et se lamentant sur le sort de ceux qui, aux États-Unis, sont victimes de la chasse aux sorcières.

Un petit Juif de Pologne qui, avant-guerre, a quitté le shtetl (la ville) et l’orthodoxie d’un géniteur pour venir faire ses études de pharmacie à Liège et est ensuite "monté" à Bruxelles pour devenir assistant-pharmacien. Un Monsieur Optimiste trop content à l’officine de se lier d’amitié avec un client allemand qu’il croit réfugié… Élément de la cinquième colonne, Thomas ne le dénoncera pas lors de son retour à Bruxelles: ni blanc ni noir, un homme gris plutôt que vert-de-gris.

Chaïm terminera bruxellois, usant d’une swanze ashkénaze, d’un humour propre aux peuples qui ont toujours été occupés.

Tellement optimiste ce bon monsieur qu’il épouse la belle Rebecca en janvier 1940 et lui offre pour toute lune de miel une fuite à vélo sur les routes de France pendant l’Exode.

L’étau des anti-optimistes se resserre, ce que Chaïm refuse de voir, sauf lorsqu’un client de la pharmacie – policier d’une administration communale jusque-là prompte à ficher les Juifs – lui laisse cinq minutes pour choisir la liberté.

Nés sous une "bonne étoile", Chaïm (la vie en hébreu) et Rebecca passent deux années de planque en planque, ce qui n’empêche pas le positif invétéré de faire de la résistance. Ceci alors que dans "Le Soir" volé, Hergé dit et dessine pis que pendre de Blumenstein dans… L’étoile mystérieuse.

Mais c’est toute une famille, si ce n’est une communauté, qui a été gagnée par l’optimisme: dans le shtetl polonais en 1939, toute la tribu de l’émigré bruxellois voit encore la vie en rose…

Très belle adaptation du texte d’Alain Berenboom par Christine Delmotte qui parvient à restituer l’ambiance tragique et comique de cette culture yiddish disparue ou presque, et ceci avec une économie de moyens remarquable: un projecteur, des transparents, extraits sonores et figurines parviennent à rendre émouvants, drôles et poétiques des événements a priori tragiques et factuels, notamment lorsque ces petites marionnettes s’envolent comme les mariés de Chagall au-dessus du shtetl.

Au Théâtre des Martyrs à 1000 Bruxelles jusqu’au 12 décembre

www.theatredesmartyrs.be 02 223 32 08.

Une œuvre portée avec brio par un autre couple de comédiens cette fois, Fabrice Rodriguez et Daphné D’Heur: le premier campe souvent Monsieur Optimiste et danse; la seconde personnifie sa chère et tendre, mais chante aussi très bien et s’offre également des imitations désopilantes, tandis que les deux acteurs prennent tour à tour à leur compte le rôle du "fils" conducteur…

L’histoire est complexe, le personnage aussi, qui a mis quinze ans à devenir un "bon Belge" avant de vouloir, la guerre finie rejoindre la Palestine. Chaïm terminera bruxellois usant d’une swanze ashkénaze, d’un humour propre aux peuples qui ont toujours été occupés.

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