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La bombe humaine, c’est nous

"La Bombe humaine". ©Andrea Messana

Au Théâtre National, Vincent Hennebicq et Éline Schumacher s’emparent avec intelligence et émotion de la crise climatique: un spectacle nécessaire, qui brise les clichés comme les tabous, pour nous mettre en mouvement.

Fin 2019, Vincent Hennebicq propose à Éline Schumacher de réfléchir à la question du dérèglement climatique: ensemble, ils vont cheminer sur le périlleux sentier de la transition écologique pendant toute une année, à la rencontre de personnalités du monde scientifique, militant et politique.

Théâtre

“La Bombe humaine”

Par Vincent Hennebicq et Éline Schumacher

Théâtre National

Du 23 septembre au 3 octobre.

Note de L'Echo:

À mi-parcours, la pandémie les heurte de plein fouet, modifiant leur trajectoire sans pour autant les arrêter: certes, "La bombe humaine" empruntera d’autres voies que ce qu’ils avaient imaginé, mais le processus n’en sera que plus émouvant. Empêché de rencontrer son public pendant de longs mois, le spectacle a d’abord pris la forme d’un feuilleton sonore grâce à l’application "Voix.e.s" développée par l’équipe du théâtre l’hiver dernier: une version podcast envoûtante en deux épisodes, pour nous conter l’effondrement et le monde d’après.

Éline Schumacher croise l’expérience personnelle et la réflexion collective, la parole intime et militante, la réalité et la fiction, comme ce tour du monde utopique en plein confinement.

Aujourd’hui a enfin lieu la "vraie" création: sur scène, Éline Schumacher croise l’expérience personnelle et la réflexion collective, la parole intime et militante, la réalité et la fiction, comme ce tour du monde utopique en plein confinement. "La perspective du chaos n’ouvre en moi ni complaisance cynique ni attrait romantique", déclare le metteur en scène Vincent Hennebicq. "Je ne suis pas de ceux qui se réjouissent de l’imminence d’une ère destructrice et violente qui remettrait en cause les fondements mêmes de l’organisation humaine qui nous y a précipités. Mais c’est bien la main de l’Homme qui, en inventant la machine à vapeur, a du même coup déréglé la machine du monde."

Des paroles, des actions

Cette histoire-là – celle de l’anthropocène et de sa fin annoncée –, Éline Schumacher la conte avec un mélange de candeur, d’autodérision et de tragique qui se mêle à la musique live de Marine Horbaczewski et Olivia Carrère. Pas de grands effets scéniques mais de l’émotion brute, qui donne des frissons: sur ce plateau presque nu, où les reliefs d’une fête sont encore visibles, se déploie le récit du processus qui a occupé Éline et Vincent pendant un an.

"Ce qui est important, c’est d’arrêter de culpabiliser face à nos incohérences et de réaliser que nous pouvons tous agir."
Vincent Hennebicq
Acteur, metteur en scène et auteur belge

Ainsi s’est créé le spectacle, au fil des lectures et des rencontres, pour raconter avec le plus d’honnêteté possible comment chacun.e vit le changement climatique et fait face à ses propres contradictions. "Ce qui est important, c’est d’arrêter de culpabiliser face à nos incohérences et de réaliser que nous pouvons tous agir. Les actions citoyennes créent de la réactivité dans le monde politique. Les manifestations des jeunes pour le climat ont eu un impact: le European Green Deal a accéléré grâce à eux. La pression oblige les politiciens à prendre leurs responsabilités. C’est le chemin qui compte", déclarent Hennebicq et Schumacher, qui donnent tour à tour la parole à plusieurs spécialistes de la cause climatique – scientifiques, anthropologues, politiciens ou psychologues. François Gemenne, Rob Hopkins, Philippe Lamberts, Corinne Lepage, Rebecca Tiessen ou Adélaïde Charlier se succèdent pour dénoncer, défendre ou nuancer un propos complexe mais limpide, qui pointe à la fois le déni et l’écoanxiété, sans rien taire de nos contradictions.

Écoféminisme et résilience

"Au fur et à mesure des rencontres, certaines évidences se sont révélées, comme l’importance du traitement médiatique: au lieu de montrer l’imminence de la catastrophe en permanence, comment les médias pourraient-ils mettre en avant des propos plus constructifs?", s’interroge Vincent Hennebicq. "Nous avons aussi pris conscience que de nombreux spécialistes du sujet sont des hommes. La plupart des livres consacrés à l’effondrement sont écrits par eux, tandis que les femmes parlent davantage d’écoféminisme, avec un discours plus résilient, qui tente de construire une autre vision", renchérit Éline Schumacher.

Les premières personnes impactées par le réchauffement climatique sont des femmes, mais qu’elles sont aussi les actrices du changement.

Rebecca Tiessen leur a ainsi appris que les premières personnes impactées par le réchauffement climatique sont des femmes, mais qu’elles sont aussi les actrices du changement: dans les pays du Sud, elles sont les premières à s’adapter aux nouvelles conditions de vie, à développer de nouvelles agricultures résilientes. "J’aimerais réaliser un troisième épisode sur les luttes concrètes et les combats qui sont remportés, comme Corinne Lepage qui a gagné une action en justice en France", rapporte Vincent Hennebicq. Montrer que ces utopies réalistes existent et que le théâtre peut leur donner vie, et faire avancer le débat face à l’urgence.

D'autres activités en lien avec la pièce sont organisées dont une table de conversation avec projection "Face à l'anthropocène, des utopies réalistes?" et un atelier d'écriture "Narration interactive futuriste".

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