La danse de Michèle Noiret pour survivre à l'ère liquide

©Sergine Laloux

Poème cinémato-chorégraphique, "Le chant des ruines", la nouvelle création de Michèle Noiret met en présence, au Théâtre National, cinq artistes ébranlés par l’instabilité du monde.

Une Singapourienne récite en anglais, telle un robot, une sorte de guide de survie du XXIe siècle, dont les injonctions traduites défilent sur écran géant. Trois garçons frétillent en une danse de salon – attention: jeux de mains, jeux de vilains. Parfois, il leur arrive de déplacer au sol de grandes plaques de carton qui dérivent comme des continents. Parfois aussi, ils se glissent sous ces surfaces mouvantes, s’en font des couvertures rigides, embarquant dans leurs rampements des micros-caméras qui filment en gros plan la structure du papier, le lobe d’une oreille, les doigts boudinés aux ongles un peu sales.

On entend leurs souffles, sur lesquels se greffent les premières mesures du "Danube bleu", puis des parasites sonores, des échos venteux et des bruits de bagarre. Alors c’est la guerre. Tous se jettent des brassées de bristol au visage, et tombent les morts. Des vies en carton-pâte, que les contreplaqués qui servent désormais de pelleteuses aux plus forts mettent au rebus, avant qu’un feu embrase la scène. Enfin, il ne reste que des gazouillis. Tout un voyage, de champs de ruines à chant d’oiseaux

Au Théâtre National en février
DANSE | "Le chant des ruines"

Michèle Noiret, conception et mise en scène

Vincent Pinckaers, création vidéo 
Todor Todoroff, composition musicale originale

Note: 3/5

Du 18 au 22/2/20: Au Théâtre National, à Bruxelles

Que déduire de ce périple mi-écologique, mi-dystopique, où s’engouffrent cinq personnages confrontés au chaos? Michèle Noiret pense que nos modes d’existence volatiles, éphémères, frénétiques, plongent les individus dans une incertitude constante. Que la "liquidité" de la société actuelle, en mutation perpétuelle, nous empêche d’avancer résolument. Comment, en effet, ne pas perdre pied dans ce mouvement constant d’écoulement? Ici, l’enchevêtrement des idées ne suit aucun fil narratif, à l’instar de nos vies où d’innombrables événements se succèdent souvent sans suite logique.

Assemblage de langages

Pour illustrer ce "flux intérieur", la chorégraphe bruxelloise, bientôt sexagénaire, recourt à un assemblage minutieux de langages: danses, musiques, vidéos, lumières, mots chuchotés, chantés ou transformés électroniquement dialoguent, glissant du compréhensible à l’impénétrable. L’artiste n’est pas novice en la matière: voilà une dizaine d’années déjà que Michèle Noiret convoque l’évolution et la réalité socio-économique dans ses créations, au même titre que les technologies interactives du son (avec son complice le compositeur électro-acoustique Todor Todorov) et de l’image.

Michèle Noiret pense que nos modes d’existence volatiles, éphémères, frénétiques, plongent les individus dans une incertitude constante.

Amplifiée à l’extrême, multipliant les points de vue, cette dernière se joue des différentes perspectives et pénètre les moindres recoins invisibles à l’œil nu. Sur la musique d’Amy Winehouse et de Johann Strauss

, trois hommes et deux femmes qui ont franchement perdu la boussole courent, dansent, et cherchent un sens à l’inadmissible impermanence des choses…

 

Du 18 au 22/2/20: "Le chant des ruines" (teaser vidéo sur VIMEO), de Michèle Noiret, au Théâtre National, à Bruxelles

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