La danse de "trot"

©Bruno Mullenaerts

Sur une scène semi-circulaire, un ring ou une piste de cirque surplombée par une chaire d’où prêche un prélat de la société de consommation, présidant un rituel de chair, de sueur et de sang. Walter, ce maître de cérémonie s’apprête à lancer un marathon de danse qui verra s’affronter des couples de chômeurs durant des heures, des jours, des semaines, accumulant la fatigue jusqu’à l’épuisement…

Des gens qui n’ont plus rien à perdre et tout à gagner: un jeune couple dont la femme est enceinte, un autre sans enfants que la guerre a meurtri, une pin-up régionale qui se rêve star internationale accolée à un joueur endetté, deux vieux notables qui ont tout perdu. Et puis Gloria.

Gloria, couturière irascible, désabusée de la vie, d’une amertume sans fond. Et sans partenaire: pour participer, elle racole au-dehors Renaud, brave garçon rêveur lunaire plein d’espoir. Son contraire. À deux, ils vont danser et participer à des derbys, courses de chevaux où les cavaliers tirent leurs cavalières pour ne pas être éliminé…

"On achève bien les chevaux" est d’une stupéfiante actualité en ces périodes de crise.

Récit hallucinant enraciné dans la Grande Dépression, "On achève bien les chevaux" est d’une stupéfiante actualité en ces périodes de crise, de "The voice", de "Célébrités à la ferme" et de perte de dignité contre hausse du pouvoir d’achat. Le populisme marchand et en paillette prôné par un Benoît Verhaert excellent en Albert Deguelle gominé en rappelle d’autres, télévisuels et politiques. Évidemment, difficile de voir cette pièce sans penser au film de Sydney Pollack et à l’interprétation de Jane Fonda et de Michael Sarazin.

©Bruno Mullenaerts

Michel Kacenelenbogen a choisi de faire interagir le public, le faisant applaudir les candidats un à un. Ceci histoire de faire comprendre aux spectateurs qu’ils sont complices, voyeurs de la tragédie qui se joue. Mais sans ce subterfuge, ledit public aurait de toute façon saisi le message. Une idée un peu "Voulez-vous jouer?" qui donne à cette œuvre tragique une connotation rigolote, alors qu’elle ne l’est vraiment pas.

Reste l’interprétation pleine de fougue et d’enthousiasme des douze comédiens que domine Benoit Verhaert, la paire Nathalie Pinglaut-Emile Falk y mettant tout son cœur pour faire oublier l’image persistante du duo Fonda-Sarazin. La première y parvient presque, le second paraît encore un peu vert pour ce genre de rôle.

Il y a plus dix ans, dans ce même théâtre du Public, Kacenelenbogen montait "Des souris et des hommes" de Steinbeck, qui parlait en creux de la même crise, s’inspirant du film, s’en approchant, sans pour autant le copier. Une réussite. Ici, en voulant s’écarter de la version filmée et en greffant le propos à une réalité belge, le couple formé par l’adaptation et la mise en scène s’il ne tombe de cheval, désarçonne quelque peu…

"On achève bien les chevaux", jusqu’au 20 juin au théâtre Le Public à Bruxelles, 0800 944 44, www.theatrelepublic.be.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés