La jeune création théâtrale en pleine Émulation

"Sexplay" - Festival Emulation - Théâte de Liège. ©Charlotte Lippinois

À Liège, le festival Émulation joue la carte du streaming en direct pour faire découvrir et rayonner les 5 spectacles inédits de cette édition.

La 9e édition du Festival Émulation, qui rassemble tous les deux ans les créations de jeunes compagnies de théâtre en Fédération Wallonie-Bruxelles, lance une édition 100% virtuelle en streaming «live»: une nécessité de repenser le festival qui n’empêchera heureusement pas les professionnels et les membres du jury européen de se réunir. Créé en 2005, Émulation convie spectateurs et professionnels à venir découvrir des propositions souvent irrévérencieuses ou engagées, drôles ou noires. Il se clôture par la remise d’un prix Émulation doté de 5.000 euros, ainsi que d’un prix du Jury des Jeunes de 2.500 euros.

Cette année, 5 spectacles sont au programme, sélectionnés par le Théâtre de Liège parmi un grand nombre de dossiers: de «Méduse.s» (Collectif La Gang) à «Extreme / Malecane» (Paola Pisciottano), en passant par «Sexplay» (Camille Husson) et «C’est pas la fin du monde» (Julie Remacle & Cédric Coomans), tous ont en commun de traiter de sujets sombres, qu’ils tirent vers la lumière…

"Méduses" du collectif La Gang. ©Julien Polet

5 comédiens dansent une ronde

Après l’époustouflant «Pourquoi Jessica a-t-elle quitté Brandon?», créé en 2019, Emmanuel De Candido et Olivier Lenel (Compagnie MAPS) créent à Liège «La ronde flamboyante», une fable contemporaine basée sur les rencontres effectuées par l’auteur et dramaturge du projet: de la Sicile au Congo en passant par l’île de La Réunion, Emmanuel De Candido s’est penché sur la question de la dette et ses violentes répercussions sociales. Bouleversé par «Les identités meurtrières» d’Amin Maalouf et «Les nouveaux prédateurs» de la journaliste belge Colette Braeckman, il a voulu raconter comment une question économique conduit aux abus de pouvoir les plus terribles, tout en cherchant à s’affranchir de cet implacable schéma.

"Qui porte la parole, qui l’écrit, qui la reprend, qui la retransforme? L’important pour nous n’était pas de résoudre cela mais que les spectateurs puissent s’en emparer."

Un texte puissant, publié aux éditions Les Cygnes, lauréat de la Fondation Beaumarchais-SACD 2018 et du Prix des Écrivains Associés du Théâtre 2020, qui emprunte à l’écrivain autrichien Arthur Schnitzler son principe de ronde en le déstructurant. Sous-titré «Pièce (il)légitime d’un fils du colonialisme», le spectacle s’interroge de bout en bout sur cette périlleuse question: «Qui porte la parole, qui l’écrit, qui la reprend, qui la retransforme? L’important pour nous n’était pas de résoudre cela mais que les spectateurs puissent s’en emparer», déclare l’auteur.

Au-delà de la réalité africaine, la dette est «un problème mondial qui nous arrive en pleine tronche» souligne le metteur en scène, Olivier Lenel: il ne s’agit donc pas d’un spectacle sur le Congo mais de faire résonner des réalités locales au-delà d’une situation géographique donnée. «On pose un acte artistique et, s’il crée une polémique, tant mieux! On n’a pas la prétention d’en livrer nous-mêmes les conclusions ou de dire ce qu’il faut en penser. Pas question pour nous de se placer à un autre endroit», précisent les deux porteurs du projet.

"Sexplay" (c) Battolomeo La Puzina.

Écoute et travail collectif

À la mise en scène, Olivier Lenel met en lumière l’importance du travail collectif et de l’écoute: «Vu que nous questionnons les structures de pouvoir et les interdépendances entre individus, l’enjeu de cette création était aussi d’inventer un processus de travail qui désamorce certains rapports néfastes entre collaborateurs.» Cette méthodologie nouvelle, très actuelle, a mobilisé toute l’équipe et exige davantage de temps: «Travailler à plusieurs, c’est une remise en question constante. C’est assez bouleversant à mettre en œuvre, surtout en période de pandémie.»

Un contexte singulier qui a amené les 5 compagnies à réfléchir ensemble, avec l’institution qui les accueille, au déroulement de cette édition du festival: «Les enjeux sont très différents pour chacun, en fonction des coproducteurs, des tournées à venir, du besoin de visibilité différent pour chacun», déclare Emmanuel De Candido, pour qui la question de la désobéissance face aux mesures actuelles aurait pu se poser plus frontalement: «Les institutions sont des mastodontes qui mettent du temps à se positionner, mais on arrive partout à un point de rupture et de saturation, qui remet sur la table la question de ce qui est ou non essentiel aujourd’hui. Que trouver comme autre système? Il reste des tas de choses à inventer!»

Festival Emulation 2021

Du 26 au 30 avril, au Théâtre de Liège. Tarif unique de 4 euros par spectacle en streaming live.

Festival Emulation 2021

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