interview

"La transe, c'est douloureux, héroïque, sublime et curatif"

©Joelle Bacchetta

Pour la Biennale de Charleroi danse, Ayelen Parolin a revu sa création présentée en mai et choisit la transe pour repenser l’identité et le vivre ensemble.

La Biennale Charleroi danse 2017, qui a débuté fin septembre, ouvre la saison du centre chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles (L’Echo du 26/9). Photographie de la danse contemporaine, elle propose des spectacles belges et internationaux. "Autóctonos II" d’Ayelen Parolin, en résidence au centre, en fait partie. À 3 jours de la première à Charleroi (ce samedi), nous avons rencontré cette chorégraphe d’origine argentine qui a dansé pour Mathilde Monnier, Mossoux-Bonté, Mauro Paccagnella ou Louise Vanneste.

Quel est le fil conducteur d’"Autóctonos"?

Petite, je voulais habiter avec les Indiens d’Amazonie (Parolin a des origines indiennes, NDLR.). Les Mayas disent: "Rien ne nous appartient, et nous appartenons à tout." J’ai voulu travailler le retour au rituel. Puis j’ai rencontré Jochen Roller, un chorégraphe qui estimait que ce projet de retour aux origines était colonialiste. Enfin, le discours ambiant de Trump et de la montée de l’extrême droite m’a questionnée. J’ai donc voulu travailler à la fois sur les racines et le vivre ensemble.

Hérétiques - Ayelen Parolin

Le spectacle présenté ce samedi revisite le spectacle créé en mai dernier à Bruxelles. Pourquoi?

Pour le premier spectacle, j’avais convié quatre danseuses à forte personnalité, pensant que de ces individualités allait surgir une force commune. Au lieu de ça, on a été dans le conflit et on a dépassé les limites du respect. Ce n’était humainement plus possible de continuer. Mais ce premier spectacle appartenait à ses interprètes. Pour la reprise, j’ai préféré faire table rase.

Comment avez-vous vécu cet échec?

Autóctonos II

Ce samedi 7/10, à 20h30, aux Écuries (Charleroi).

Et les 24 et 25/11 à la Raffinerie (Bruxelles)

www.charleroi-danse.be.

C’était douloureux. Le pari esthétique et politique de la pièce était de respecter la différence de l’autre, de l’intégrer et de faire avec. Pour de multiples raisons, on a échoué. Des raisons liées aux personnalités des interprètes mais aussi au travail qu’on a fait en amont: on a exploré des choses noires, difficiles, sales. Cette fois, j’ai reçu beaucoup d’amour de mes interprètes. Il est trop tôt pour se prononcer sur sa réussite, mais de l’intérieur, on a réussi ça.

Comment avez-vous travaillé cette fois?

Je me suis enfermée en studio pendant une semaine avec le chorégraphe Marc Iglesias, que je connais depuis longtemps et à qui je fais totalement confiance. On a improvisé autour du thème de départ et travaillé sur la transe. Le dernier jour, j’ai improvisé quelque chose qui me semblait un bon point de départ pour le nouveau spectacle. J’ai choisi les interprètes au cours d’une audition qui a été le prolongement de ce travail de recherche.

Vous dites avoir travaillé sur la transe. Que voulez-vous transmettre au public quand vous abordez un tel sujet?

La transe est un mouvement dans lequel on passe d’un moment très dur à un nouvel état. C’est douloureux, héroïque, sublime et curatif. On vit tous ça au quotidien: nos rythmes de vie sont fous et exigeants. Je cherche l’empathie avec le spectateur, qu’il reconnaisse ce rythme. Tout en laissant place à l’ambiguïté puisque la transe est contrôlée sur scène. Ainsi, il peut réaliser que ce rythme qu’il voit et reconnaît n’a pas de sens ou qu’il peut le maîtriser.

Vous insistez sur cette liberté d’interprétation. C’est une caractéristique de la danse contemporaine?

"Nos rythmes de vie sont fous et exigeants. Je cherche l’empathie avec le spectateur, qu’il reconnaisse ce rythme."

Comme spectatrice, j’aime qu’on me laisse la place d’interpréter ce que je veux. Donc j’essaie de créer un espace actif pour le spectateur, de ne pas tout lui dire. La danse contemporaine, c’est la liberté. Chaque interprète ou chorégraphe a son langage et cherche une façon particulière de dire. On ne peut pas généraliser. Par exemple, la danse de Jan Fabre est volontairement explicite. Chaque spectateur se retrouvera plus ou moins dans tel langage ou tel autre.

Vous êtes en résidence à Charleroi danse. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

Charleroi danse est ma seconde maison depuis longtemps mais cette résidence signifie concrètement un soutien financier, une priorité à la création et des endroits où créer, des laboratoires de partage avec d’autres artistes. L’idée, c’est de dépasser le simple travail de création par un travail de réflexion. Par exemple, comment toucher un maximum de personnes avec la danse?

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