La Tricoterie repousse ses murs et les possibles

©La Tricoterie / Méline Lemaire

Rue Théodore Verhaegen, dans le bas de Saint-Gilles, un centre culturel un peu unique en son genre organise une levée de fonds pour multiplier ses espaces et sa programmation artistique. Ambitieux et inspirant.

En 2022, la Tricoterie aura dix ans. Dans le bas de Saint-Gilles, à côté de la Place Bethléem, il faut arpenter un long couloir avant de se retrouver dans le bel espace où se trouve le bar et le Foyer, à côté d’une charmante terrasse intérieure. Derrière encore: une grande salle pouvant accueillir 350 personnes. Le tout avec beaucoup de bois, dans des tons chauds, chaleureux. Ce lieu lumineux accueille chaque année (ou plutôt, chaque année "normale") 50.000 personnes pour des brunchs, des concerts, des soirées jeux de société ou auberge espagnole.

"On est un peu en décalage par rapport au paysage culturel en Belgique car on pense que la culture peut faire partie d’une économie, qu’elle ne doit pas toujours être dépendante d’une aide de l'État."
Xavier Campion
Cofondateur

Depuis sa création, les entrepreneurs à la tête de la Tricoterie, Joëlle Yana et Xavier Campion, ont à cœur de fabriquer du lien, de se lier au quartier et d’en incarner la diversité. Des entrepreneurs, oui, car pour faire tourner ce projet ambitieux, ils fonctionnent en coopérative et avec deux entités complémentaires: "D’une part, nous avons l’ASBL la Tricoterie qui propose une saison socioculturelle qui a lieu le lundi, vendredi et dimanche. Et pour assumer financièrement ces projets-là, nous avons développé une activité de location d’espaces pour de l’événementiel. Mais, dans les deux cas, nous avons à cœur d’agir de manière durable à tous les niveaux: en proposant une alimentation la plus locale et saine possible, de recycler – jusqu’aux mégots de cigarette –, et cela va jusque dans le nettoyage", revendique la cofondatrice.

En 2013, L'Écho parlait déjà de ce modèle économique. Depuis lors, il a démontré sa viabilité: "On est un peu en décalage par rapport au paysage culturel en Belgique car on pense que la culture peut faire partie d’une économie, qu’elle ne doit pas toujours être dépendante d’une aide de l'État. Ça ne veut pas dire que la culture reçoit trop d’argent ou que nos missions ne méritent pas une part de subventions, mais nous assumons un modèle qui ne dépend pas que de ça", défend Xavier Campion qui déplore la suspicion qu’il ressent parfois: "Il peut y avoir comme un soupçon. On nous a reproché de faire du commerce. Mais les choses évoluent, les crowdfunding prouvent que l’on peut faire appel au soutien de citoyens. Ce n’est pas encore très répandu, mais au niveau européen, nous sommes régulièrement invités à présenter notre modèle."

Vue 3D de l'espace extérieur. ©La Tricoterie / Olivier Herter

Le nouveau départ

Aujourd’hui, la Tricoterie va s’agrandir, toujours selon le principe de la coopérative: "Il y a deux ans, on a acheté l’atelier mitoyen. À la base, les deux sites font partie du même bâtiment, une ancienne usine. On a eu l’accord de la commune pour les travaux en juillet dernier. Il a fallu le temps de monter le dossier de financement à la banque, mais nous voilà prêts et notre campagne est lancée", explique Xavier Campion. En quoi consiste donc ce projet architectural? "Le projet principal est de construire un théâtre de 160 places, avec une meilleure acoustique, avec un gradin fixe aussi. Dans les salles actuelles, on montait et démontait sans cesse en fonction des événements, c’était éreintant pour nos équipes et ça ne permettait pas à des compagnies de théâtre de répéter. Tout cela, ce sera terminé", se réjouit Joëlle Yana.

"Aujourd’hui, on veut agrandir non seulement pour le financement, mais aussi pour créer une plus grande communauté de gens bienveillants envers le projet."
Joëlle Yana
Cofondatrice

Pour payer tout cela, la Tricoterie propose à tout un chacun l’achat de parts émises à une valeur de 230 euros. "Quand on a lancé la Tricoterie il y a dix ans, on s’est lancés de la même manière: grâce aux gens qui se sont engagés dans la coopérative. Aujourd’hui, on veut agrandir non seulement pour le financement, mais aussi pour créer une plus grande communauté de gens bienveillants envers le projet." La volonté affichée des entrepreneurs est de cocréer avec les coopératrices et coopérateurs: "Une assemblée générale, c’est de l'ordre de la formalité, mais ce n’est pas très liant. On veut aller plus loin, faire une programmation participative avec un comité qui choisirait des rencontres, des auteurs, des concerts. On veut également proposer des moments conviviaux pour nos coopérateurs: rencontres, brunchs, pourquoi pas un bal des coopérateurs. Puis, des moments de travail collectif pour ceux qui veulent s’impliquer dans la vie du lieu, même si ce n’est pas du tout obligatoire", précise Joëlle Yana.

Vue 3D de la nouvelle salle de concerts et spectacles pouvant accueillir 160 spectateurs. ©Olivier Herter

Xavier Campion revient sur le fonctionnement de la levée de fonds: "On doit rappeler que c’est un investissement, qu’il y a un risque, comme dans tout investissement. Mais, dans notre définition du montant, nous avons uniquement pris en compte les murs, l’immobilier donc, et pas les revenus liés à l’événementiel. Précisons aussi qu’il ne s’agit pas de mécénat avec des contreparties comme dans un crowdfunding." La levée de fonds a été lancée mi-janvier, en pleine pandémie sanitaire. Elle s’intitule "Nouveau départ", mais il ne s’agit pas d’une opération de sauvetage. "Non, cela n’a rien à voir. Ce qui n’empêche que notre situation est compliquée puisque nous sommes à la fois un lieu culturel et d’horeca. Nous sommes vraiment fragilisés." Avec 15 équivalents temps plein, la Tricoterie ne pourrait pas se permettre un arrêt de leurs activités beaucoup plus longtemps. "Il y a urgence à reprendre les activités dans les mois qui viennent", prévient le cofondateur.

Le montant minimum à atteindre pour la levée de fonds est de 300.000 euros, ce qui, d’après les promesses, semble tout à fait jouable: "On pense y arriver. Avec ça, le projet pourra avoir lieu. Mais cela reste important de dépasser les 300.000, et on a plus que bon espoir", assure Xavier Campion. Le cap est sur 500.000. Chiche? Réponse dans 47 jours...

Présentation du nouveau projet de la Tricoterie et de leur campagne "Nouveau départ"

La Tricoterie - La Fabrique de liens

Rue Théodore Verhaegen 158, 1060 Saint-Gilles

Plus d'infos sur la Tricoterie et ses activités

Plus d'infos sur la levée de fonds Nouveau départ

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés