Le Belge est un pape en Avignon

Is There life on Mars, Cie What's Up ©extrait du trailer, Cie What's Up.

Le théâtre belge a la cote en Avignon. Si, en d’autres temps, il a pu crisper, aujourd’hui, il y est adoré. Petit tour du In et du Off.

Théâtre des Doms et des Lucioles, Eldoradôme, La Manufacture, etc. Depuis les corps nus et les humeurs corporelles de Jan Fabre, en 2005, l’eau a coulé sous le pont et le Belge a de nouveau la cote en Avignon. "Le public français découvre des qualités qui nous sont invisibles", déclarait à nos collègues de "La Première" Alain Cofino Gomez, directeur des Doms, théâtre de la Fédération Wallonie-Bruxelles et vitrine off (iciel-le) du théâtre belge dans le Sud.

Liberté, humour, effronterie, exigence, engagement sont sur nos scènes les garants d’un théâtre qui parle au cœur et à la tête.

Un théâtre de l’empathie comme il est à l’œuvre, dans la salle intimiste des Doms, avec "Is there Life on Mars?" La pièce de la metteuse en scène Héloïse Meire traite de l’autisme. C’est aussi un travail documentaire fouillé: l’auteur a collationné durant plusieurs mois des témoignages d’autistes et de leur entourage, qu’écoutent, casque vissé sur les oreilles, les comédiens en scène. Histoire de retranscrire au plus juste le son, le ton, l’émotion des personnages. Ce spectacle est un bijou d’intelligence sensible sur les différences qui nous constituent.

Aux Lucioles, la diversité du théâtre se donne à voir, avec le théâtre gestuel et circassien de "Joséphina", de la compagnie Chaliwaté. Deux comédiens, des chaussures à talons, du tango sur vinyle et de l’émotion disent le couple, la solitude, les disputes et le temps qui passe. Non sans humour.

Chorégraphie d'Ayelen Parolin ©AFP

Nouveau lieu noir-jaune-rouge, l’Eldoradôme propose un théâtre de mots avec "La Convivialité", une conférence scientifico-loufoque sur l’orthographe. C’est aussi "La route du levant", qui dans une mise en scène de Jean-Michel Van den Eeyden, évoque le terrorisme. La musique résonne aussi aux Doms avec le trompettiste Greg Houben qui fait sonner le Brésil avec "Un Belge à Rio", tandis qu’avec "Nativos", la chorégraphe Ayelen Parolin revisite de manière radicale et obsessionnelle les rites chamaniques coréens.

Puis, le théâtre belge, c’est une écriture (plateau et texte) contemporaine et vivace. Elle se dit à la Manufacture, spécialiste de la création actuelle, pilotée par Pascal Keiser, Hennuyer vivant en Avignon. C’est "Laïka" du tandem efficace Ascanio Celestini/David Murgia, ou l’Atelier Bildraum, nouvelle résidence du LOD muziektheater. Dans le In, "Le Sec et l’humide" de Guy Cassiers dissèque le discours fasciste de Léon Degrelle. Et de rappeler que les décors des "Parisiens", d’Olivier Py, furent réalisés dans les ateliers du Théâtre de Liège, où le spectacle est proposé à la rentrée. Bref, le Belge est un pape en Avignon.

Jusqu’au 26 juillet www.festival-avignon.com

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