chronique

Le camion du bonheur

Choisir entre manger et être mangé. Il a choisi de tirer profit de la tragédie humaine.

Un homme s’agite dans le halo des phares de camions qui défilent sur un décor de bâche bleue. Il a le verbe haut, sans fard, sans honte, pour décrire son métier. Il est de ceux qui ont trouvé comment exploiter la misère des autres, la crise des migrants venus de Syrie, d’Irak, de Libye ou de Somalie. Cet homme est passeur pour des candidats à l’exil qui tentent de gagner le nouvel Eldorado qu’est devenue l’Angleterre. Pour 2.000 "livres sterlo", il propose un ticket d’une tentative, pour 5.000, un ticket multitentatives.

Mais attention, rien n’est garanti, "on achète juste une place dans la file d’attente", une possible solution. "Il ne suffit pas de dire Angleterre Angleterre pour entrer dans le pays de tes rêves." Dans son catalogue, il fait aussi des packs all inclusive où le candidat à la migration, recruté sur place par un comparse, est pris en charge dès les frontières de son pays…

La jungle

©rv

Sur son morceau de parking, dans le no man’s land de Calais – la "jungle" baptisée ainsi par des journalistes qui ont entendu des Afghans parler de "jangal" qui veut dire bois en persan –, il gère le trafic et vend matériel et conseils: se couper les cheveux, faire de l’exercice, avoir de bonnes baskets. La jungle est en effet le lieu de vie des animaux, hors de l’humanité, un lieu où les animaux se dévorent entre eux. Alors, à choisir entre être mangé ou manger, il a choisi de tirer profit de la tragédie humaine en érigeant un véritable business très organisé, avec des comptes au Luxembourg ou dans îles Caïmans.

"Angleterre Angleterre"

De Aiat Fayez, mise en scène de Hamadi.

Avec Soufian El Boubsi

3/5

 

À choisir entre être mangé ou manger, il a choisi de tirer profit de la tragédie humaine.

Né au Moyen-Orient en 1979, Aiat Fayez a étudié en France, pays qu’il a quitté après avoir publié une carte blanche dénonçant le racisme ordinaire auquel il était confronté. Son texte, qui prend la forme d’une confession d’un "étranger" devenu prédateur, est franc, rythmé, cynique. Il met en lumière les dérives d’une société consumériste sans conscience, sans scrupule et sans état d’âme. Mis en scène par son père, Soufian El Boubsi joue sur l’outrance du jeu et de la voix pour camper, voire caricaturer, un personnage tonitruant aux multiples visages, qui assume son cynisme mais semble par moments se battre contre sa propre conscience.

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