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Le festival Voix de Femmes a beaucoup d’histoires à partager

La pièce "Tiens ta garde" parle très bien de l'autodéfense, elle qui adapte le livre "Se défendre" de l'essayiste Elsa Dorlin. ©Jean-Louis Fernandez

Arts. Cultures. Féminismes. Ces notions au pluriel ont toute leur importance pour le festival Voix de Femmes qui a bien évolué en quinze éditions biennales et qui propose une édition exceptionnelle d’intelligence.

Plutôt centré sur la musique et les arts de la scène à ses débuts, le festival Voix de Femmes est aujourd'hui un espace pour toutes les artistes, pour toutes leurs pratiques et toutes leurs recherches qui vont de questions de transmission à celles d’indépendance ou... d’autodéfense. En investissant des lieux emblématiques de Liège avec concerts, spectacles, performances, ateliers, projections, rencontres ou encore expositions, le festival s'adresse aux grandes et aux grands mais aussi aux enfants, avec un souci d’accessibilité réfléchie dans de très nombreuses dimensions.

Interview d’Elise Dutrieux, artiste et chargée de communication de Voix de Femmes

Le festival Voix de Femmes fête sa quinzième édition biennale. Qu’est-ce qui s’est passé en 30 ans pour les artistes femmes? 

Sans adopter une posture nostalgique, on peut dire que le projet de base du festival est toujours aussi pertinent: les femmes ont toujours besoin d’une affiche 100% féminine quand on sait que les programmations des autres lieux ou festivals ne sont pas (encore) paritaires. Depuis 2017, le festival est devenu pluridisciplinaire et itinérant. Et au-delà, nous nous remettons en question constamment. Ainsi, sur le terme de "musiques du monde" qui est encore largement employé dans le champ musical et qui dénote une vision très coloniale des cultures et pratiques. D’un côté, il y aurait la musique occidentale avec des styles, comme le dit "classique" ou le "pop-rock" etc. et, de l’autre, une catégorie fourre-tout, un seul style en soi, exotisant, regroupant toutes les musiques du reste du monde qu’elles soient folkloriques, classiques, rituelles, populaires, peu importe le continent ou la culture visée. Il s’agit aussi de musiques souvent anonymes, dont les créatrices et créateurs n’ont pas été rémunérés, mais bien largement copiés. On a prévu un débat pour en discuter avec plusieurs artistes du festival. Notamment: Christine Zayed, musicologue, mais surtout multi-instrumentiste et chanteuse palestinienne qui se produira le 17; ou la Française d’origine béninoise Sika Gblondoumé qui proposera un concert de berceuses accessible aux moins de 3 ans. 

C’est aussi ça, le matrimoine: faire de la place, sur de grandes scènes de la ville, à des voix oubliées ou peu considérées.
Elise Dutrieux
Artiste et chargée de communication de Voix de Femmes

Le terme "matrimoine" s’impose de plus en plus dans le grand public pour désigner toutes les femmes qui ont fait l’Histoire mais sont pourtant méconnues, voire oubliées. En quoi Voix de femmes participe de ce mouvement? 

Lors de cette édition, les bédéistes Rebecca Ann Rosen et Séraphine nous présenteront Mayken Verhulst, femme-artiste du XVIe siècle, reconnue de son temps, mais dont aucune archive n’est arrivée jusqu’à nous. Elle est aussi inconnue aujourd’hui que son gendre et ses petits-fils sont célèbres puisqu’il s’agit de Bruegel l’ancien, Jan Brueghel et Pierre Brueghel le jeune.

Alors, oui, on travaille avec les femmes, mais on se demande aussi avec quelles femmes? Où sont les femmes lesbiennes, celles souffrant de handicap ou racisées? On fait très attention à ne pas toujours donner la parole aux mêmes. Déjà la première directrice du festival, Brigitte Kaquet, allait en mission au Mali et offrait leur premier concert à Liège à des musiciennes qui ne se considéraient même pas comme telles. C’est aussi ça, le matrimoine: faire de la place, sur de grandes scènes de la ville, à des voix oubliées ou peu considérées. 

Vous essayez d’être le plus accessible possible. Par quoi cela passe-t-il? 

Des garderies pour enfants, le travail d’une chargée de médiation à l’année avec les associations de terrain liégeoises, des bénévoles formé·e·s à la communication et à l’accueil des personnes sourdes, aveugles, malentendantes ou malvoyantes, des lieux comme le Manège Fonck avec un accès PMR et qui propose un cadre "safe" par rapport au covid. D’ailleurs, le covid save ticket est pour nous problématique parce qu’il exclut les personnes dans les marges qui ont aussi droit à la culture.

"L’autodéfense est plus que jamais nécessaire pour les femmes."
Elise Dutrieux
Artiste et chargée de communication de Voix de Femmes

Et puis, dans la programmation, des spectacles traduits en langue des signes, et même un spectacle pensé en bilingue français-langue des signes! Il s’agit de "Tupp’" qui raconte l’histoire d’une femme qui se lance dans la vente à domicile et les soirées Tupperware, une sorte de boîte de Pandore pour elle et une expérience pour le public. Je voudrais encore citer "Aux confins du monde", un spectacle autour du handicap et du validisme qui parlera à tous les publics.

Beaucoup de propositions autour de l’autodéfense également… 

Oui, et quelque part, "Aux confins du monde", ça parle aussi d’autodéfense, de comment on se fait sa place dans un monde violent. L’autodéfense est plus que jamais nécessaire pour les femmes. La pièce "Tiens ta garde" en parle très bien, elle qui adapte le livre "Se défendre" de l'essayiste Elsa Dorlin. Un livre qui peut être intimidant par sa complexité et qui, mis en scène, prend une portée précieuse. 

Est-ce que les hommes se sentent concernés par le festival Voix de Femmes? 

Je leur souhaite! Ils ont tout à y gagner. 

Festival Voix de Femmes, Liège, du 14 au 30 octobre. Plus d’informations sur: festival.voixdefemmes.org

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