Le flop de Spider-Man

L'avant-première à Broadway du show musical a été étrillée par les critiques new-yorkais.

Des machinistes venant libérer l’homme araignée en rouge et bleu, enchevêtré dans des câbles, juste au-dessus des spectateurs. Ce type d’incident s’est reproduit cinq fois de suite le dimanche 28 novembre lors de la première représentation de "Spider-Man" à New York dans le théâtre Foxwoods de la 42ème Rue. Une actrice s’est également blessée. "Un flop épique" s’est indigné dès le lendemain le "New York Post" qui a aussi dénoncé un scénario déconcertant et de multiples interruptions techniques qui ont rallongé de près 80 minutes la durée du spectacle.
"Cela s’est beaucoup mieux passé que ce je craignais" s’est pourtant réjoui Michael Cohl, le producteur du show le plus innovant et le plus risqué de l’histoire de Broadway. En préparation depuis 9 ans, Spider-Man se veut en effet un spectacle d’un nouveau genre, une comédie musicale en 3D avec des acteurs évoluant à 60 km/h au-dessus du public. "Personne n’a jamais réalisé un projet aussi ambitieux de mixer théâtre, cirque et opéra rock" affirme la metteur en scène du spectacle Julie Taymor, célèbre à Broadway pour son incroyable réussite du Roi Lion.
Spider-Man compte également deux autres parrains de renom: Bono et The Edge, les deux leaders du mythique groupe de rock U2. Ce sont eux qui ont composé début 2002 les 18 chansons du show. "Nous n’avions pas réalisé combien il serait difficile de monter ce spectacle, à la fois financièrement et techniquement" expliquait récemment Bono qui, anticipant probablement un décollage difficile pour Spider-Man, a multiplié ces derniers jours les déclarations pour exprimer sa "fierté" de participer à une œuvre artistique "avant-gardiste" mais "difficile parfois à appréhender".

En attendant l’accueil du public, le spectacle est d’ores et déjà rentré dans la légende grâce à son budget colossal de 65 millions de dollars. C’est un chiffre presque trois supérieur à l’ancien record détenu par la comédie musicale Shrek. Ce coût pharaonique est le résultat d’une suite ininterrompue de retards et de malchances. En 2005, c’est le décès de Tony Adams, le producteur qui a eu l’idée d’adapter au théâtre l’un des héros les plus populaires de l’univers des comics. En 2009, nouveau coup dur, les caisses sont vides. C’est Bono qui sauvera la mise en convainquant Michael Cohl, manager des tournées de U2, de produire le spectacle et d’apporter 30 millions de dollars supplémentaires. La sortie de Spider-Man est alors reprogrammée pour fin novembre 2010.

Pari audacieux

Il y a quelques semaines, c’est une fois de plus la catastrophe: les effets spéciaux ne sont toujours pas finalisés et deux acteurs se brisent les poignets en répétition.
Un nouveau report est envisagé. Mais un retard coûterait cher, près de 2 millions de dollars par semaine. Finalement, les promoteurs de Spider-Man prennent un pari audacieux: le spectacle débutera bien à partir du 28 novembre, mais seulement en mode "avant-première". C’est-à-dire sans tambour ni trompette, et en prévenant chaque soir les 1.900 spectateurs qui ont payé jusqu’à 350 dollars leur siège que le spectacle est encore en rodage. Une situation transitoire jusqu’au 11 janvier prochain, date du lancement officiel avec célébrités et caméras de télévision.
D’après les témoignages du public à la sortie de la salle, le nombre de défaillances se réduirait chaque soir. "Ils n’ont pas une minute à perdre pendant ces six semaines" susurre-t-on toutefois à Broadway. Selon le "New York Times", le directeur du théâtre Foxwoods aurait en effet déjà commencé à faire le tour de la place pour identifier de nouveaux spectacles en préparation. Pour Spider-Man, le temps presse de faire la démonstration de ses pouvoirs de super-héros!

Didier Géneau,
à New York

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