Le "je" ne va pas de soi

©M. Bourdon

Théâtre | Une pièce qui cherche à donner corps aux différentes facettes de la personnalité d’une femme. Mais qui manque d’incarnation.

Nos petites voix intérieures nous soufflent le chaud et le froid, les rêves et les résignations, l’être et le paraître. Le jeune auteur suédois Jonas Hassen Khemiri donne corps et voix à trois "moi" (l’adolescente, l’épouse, la femme active) d’une seule et même femme, de sa petite enfance à sa vieillesse.

Des "moi" qui re-jouent, re-mettent en scène la vie de cette femme. On est toujours dans un effet de distanciation qui met… de la distance: le spectateur reste… spectateur d’une dissection à la lumière crue, aux mots froids, avec comme tout bistouri le maniement, le plus souvent, de clichés. Les trois comédiennes, et auto-metteuses en scène, ne parviennent pas à compenser cette désincarnation.

Sans conteste cérébrales et maîtrisant le sujet, elles ne donnent cependant pas l’humanité, la chaleur, la chair qui habilleraient et nuanceraient ce texte. Les effets scéniques sont multipliés, sans pour autant pourvoir au rôle d’épaississant, de liant. Les caricatures du texte sont appuyées encore par la mise en scène.

L’entreprise était difficile, le sujet est fait d’une matière belle mais complexe qui exige doigté et finesse. Bien sûr, les clichés ont leur place, la société en est pleine, en effet. Mais la pièce balaie l’émotionnel au profit de l’analyse désincarnée. Et au final, cette dame "qui est cent" manque d’âme.

Avec Hélène Lacrosse, Sophia Geoffroy, Noémi Knecht.

Jusqu’au 23 janvier au Théâtre National, Bruxelles. Rens.: www.theatrenational.be.

Note: 2/5

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