Le Nobel récompense une plume dissidente de Biélorussie

©REUTERS

La Biélorusse Svetlana Alexievitch, voix d’opposition dans l’un des derniers régimes autoritaires d’Europe, se voit décerner le prix Nobel de littérature.

Le nouveau prix Nobel de littérature, la Biélorusse Svetlana Alexievitch, a été récompensée pour son "œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque", a expliqué l’Académie suédoise. Svetlana Alexievitch, 67 ans, née Soviétique sous Staline, est la quatorzième femme à remporter le prestigieux Nobel depuis sa création en 1901.

Née le 31 mai 1948 dans l’ouest de l’Ukraine dans une famille d’instituteurs de campagne, diplômée de la faculté de journalisme de l’Université de Minsk, elle commence à enregistrer sur son magnétophone les récits de femmes qui ont combattu durant la Seconde Guerre mondiale. À propos de son dernier roman, "La Fin de l’homme rouge ou Le temps du désenchantement" (Prix Médicis essai en 2013), notre chroniqueuse Sophie Creuz écrivait: "Pendant vingt ans, Svetlana Alexievitch a tendu son micro aux petites gens qui ont participé ‘au drame socialiste’comme elle l’écrit, et fait apparaître cet ‘homo soviéticus’ naïf mais sincère. Ce ne sont ni les intellectuels, ni les artistes qu’elle rencontre, mais les anciens ouvriers, employés, ce prolétariat mis en valeur par la dictature du même nom. L’auteur va au-devant d’un socialisme ‘domestique’, ‘intérieur’ presqu’intime vécu par des gens qui faisaient corps avec un État omniprésent, qui les cueillait au berceau, les encadrait depuis l’enfance."

Les nouveaux Russes

Depuis son premier roman "La Guerre n’a pas un visage de femme", Svetlana Alexievitch utilise toujours la même méthode pour écrire ses romans documentaires, interrogeant pendant des années des gens qui ont vécu une expérience bouleversante. "Cercueils de zinc", un ouvrage mémorial sur la guerre d’Afghanistan (1979-1989), publié en 1990, la rend célèbre. Son œuvre, dont "La Supplication, Tchernobyl, chroniques du monde après l’Apocalypse" (1997), est traduite en plusieurs langues et publiée à travers le monde.

À cause de sa dénonciation du régime autoritaire du président biélorusse Alexandre Loukachenko, Svetlana Alexievitch s’est périodiquement exilée, vivant ainsi en Italie, en France, en Allemagne et en Suède. Avec le prix, le régime de Minsk "va être obligé de m’écouter. Il y a tellement de personnes fatiguées qui n’ont plus la force de croire. (Le prix) peut signifier quelque chose pour eux", a affirmé la lauréate au quotidien "Svenska Dagbladet". En 2011, elle dénonçait dans un entretien au PEN Club de Suède la "machinerie staliniste" dans son pays, dont l’homme fort depuis plus de vingt ans devrait sans surprise être réélu pour un cinquième mandat lors de l’élection présidentielle de dimanche.

Donnée favorite depuis plusieurs années, Svetlana Alexievitch est la première Biélorusse à être primée par le Nobel de littérature. "C’est une récompense non seulement pour moi, mais aussi pour notre culture, pour notre petit pays qui a toujours vécu comme entre des pressoirs", a-t-elle déclaré au cours d’une conférence de presse à Minsk. "C’est difficile d’être une personne honnête actuellement, très difficile. Mais il ne faut pas faire de concessions devant un pouvoir totalitaire", a souligné l’écrivaine. "J’aime le monde russe, bon et humaniste, devant lequel tout le monde s’incline, celui du ballet et de la musique, a-t-elle ajouté. Mais je n’aime pas celui de Béria, Staline, Poutine et Choïgou (le ministre russe de la Défense), cette Russie qui en arrive à 86% à se réjouir quand des gens meurent dans le Donbass (région rebelle prorusse de l’est de l’Ukraine, NDLR), à rire des Ukrainiens et à croire qu’on peut tout régler par la force."D.B. avec AFP

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