Le ridicule ne tue pas, il enchante!

"Elenit", mis en scène par Euripides Laskaridis.

Les Halles accueillent la nouvelle création d’Euripides Laskaridis: avec "Elenit", l’inclassable performeur grec fait rimer tragique, comique et… cosmique.

Ne la ratez pas: avec son nez de sorcière et sa choucroute blonde sur la tête, ses fanfreluches de Marie-Antoinette et ses seins tombants, l’être extravagant qui balance sa croupe stéatopyge, marmonne des paroles sibyllines, expectore sans retenue ses poumons nicotinés et finit par se poster, rotant un bon coup, près d’une fontaine à eau, est peut-être la chose la plus surréaliste apparue sur scène en ce début d’année.

DANSE THEATRE

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"Elenit"

De la compagnie Osmosis. Création et mise en scène Euripides Laskaridis.

Aux Halles de Schaerbeek, les 6 et 7 mars 2020. Info sur www.halles.be. Puis au Théâtre de Liège, en mars 2021.

 

 

 


Mariage, et ravage, tout à la fois, de la délicatesse et du mauvais goût absolu, cette vieille aristo BPCO, qui roule des yeux et rajuste constamment son dentier, incarne la dernière créature jaillie de l’esprit du jeune chorégraphe grec Euripides Laskaridis, grand maître du théâtre dansé de l’absurde. Comme dans ses précédentes œuvres gorgées de non-sens ("Relic" (2015) et "Titans" (2017), qui poursuivent insolemment leurs tournées en Europe), l’artiste méconnaît, une fois de plus, d’où lui est venue cette nouvelle audacieuse monstruosité. "Peut-être", croit-il, "au souvenir de la mère actrice d’un ami", merci pour elle.

Si "Elenit" brouille encore les codes – son titre abscons, avec jeu de mots sur la République hellénique, se réfère aux tôles ondulées Eternit, très répandues en Grèce avant d’être proscrites car composées d’amiante –, Laskaridis assure qu’il n’a rien en commun avec cette dame malsaine, grotesque et touchante, mais dont il endosse le costume rembourré avec allégresse, et sans aucune inhibition, durant près de deux heures.

"Elenit", mis en scène par Euripides Laskaridis.

Ridicule et transformisme

Burlesque, vaudeville, mime, music-hall, commedia dell’arte, opéra, cabaret…: Laskaridis, sans doute mieux connu à l’étranger qu’à domicile, est un fameux lascar du monde artistique. Il y a toujours un peu d’amertume et de laideur dans les figures extra-terrestres auxquelles il prête vie, mais surtout beaucoup de drôlerie.

"Je veux des spectacles qui parlent à tous, et où chaque seconde apporte de la joie."
Euripides Laskaridis
Metteur en scène et chorégraphe

De façon récurrente, divers personnages non conventionnels, célestes et énigmatiques s’invitent dans ses valses fantasques: pour Elenit, un DJ perché en haut d’un mirador, un boucher fou, une babouchka naine, une fillette narcoleptique, un T-rex chantant en talons aiguilles, perruque et paillettes composent une bande de tarés qui tapent la carte en fumant, ou exécutent des pas bizarres, sur fond d’ombres, de décors métalliques et de musiques techno.

"Elenit", mis en scène par Euripides Laskaridis.

Des lasers rouges et verts, pour donner à l’ensemble un air de lunapark ou de "Star Wars", et des accessoiristes qui ne chôment jamais, dans une pénombre quasi constante, et l’affaire est emballée. Hors déguisement, Laskaridis, charismatique et beau comme un dieu, semble lui-même ignorer comment: à partir de ses deux thèmes fétiches (le ridicule et le transformisme), il cherche à révéler le côté comique de l’humanité, quand elle persévère obstinément face à l’inconnu. "Je veux des spectacles qui parlent à tous, et où chaque seconde apporte de la joie."

En confrontant le dérisoire des corps ineffables à la détresse qu’ils inspirent, en électrisant la scène de quelques rayons laser et de vérités sur nous – sans qu’on sache bien lesquelles –, en faisant drôle avec trois fois rien, singulièrement, magiquement, durablement, il y parvient.

"Elenit", mis en scène par Euripides Laskaridis.

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