Le spectacle à l'épreuve de la rue

À voir aussi samedi: "C.R.A.S.H.", de la compagnie Anomalie. Sonnés par l’accident, un homme et une femme plongent dans une nouvelle réalité, physique et sauvage. ©Cie Anomalie

Festival des arts de rue unique en son genre, "Les Unes fois d’un soir" battent le pavé huttois pour la 4e fois ce samedi. Coup de cœur pour le poignant "Ashes to Ashes" des Belges Simon Wauters et Agnès Limbos.

Enfant terrible du monde du spectacle, "organisateur de désordre" et directeur artistique d’un événement singulier, Luc de Groeve a lancé son festival des arts de la rue en 1992, à Ath. Bien des années plus tard, "Les Unes fois d’un soir" se sont implantées à Huy, où le festival fête cette année sa 4e édition consécutive, conforté par l’accueil chaleureux que lui réserve la ville, et la présence d’un public de plus en plus nombreux. Tous les genres y sont représentés, du théâtre au cirque en passant par la danse, le théâtre d’objet, les arts plastiques et le théâtre d’intervention.

Pour aborder des questions brûlantes – Shoah, genres, immigration, exclusion – mais aussi pour rire, déambuler dans la ville et faire rêver les plus jeunes. En tout, c’est une vingtaine de propositions qui s’étalent et se chevauchent le temps d’une journée. Pour Luc de Groeve, le critère est bien entendu de proposer des spectacles qui prennent tout leur sens dans l’espace public, où l’énergie est différente des salles obscures. Il en va ainsi du "camion-maison" pour 11 spectateurs de la compagnie Art Tout Chaud ("Mon truc") ou, plus radical, de la virée en voiture de la compagnie belge Canicule ("Métagore"), invitée à Chalon-sur-Saône cet été: deux comédiennes ont décidé de déclarer leur amour-haine au rappeur français Booba, dont les paroles des chansons sont empreintes d’une misogynie à faire peur. Pas (trop) de frustration: limitée à 3 spectateurs par représentation, "Métagore" est l’antichambre d’une forme plus longue en développement…

De cendres et d’argile

Créé au Festival Émulation, à Liège, en mars dernier, le spectacle des Belges Simon Wauters et Agnès Limbos (Who is Who Collectif) est un petit miracle de poésie et d’ingéniosité. Tout est parti d’un texte hors du commun: le témoignage bouleversant de Zalmen Gradowski, Juif polonais enrôlé de force à Auschwitz dans les sonderkommandos. Habité d’une incroyable nécessité d’écrire pour laisser une trace, l’homme a livré trois témoignages de ce qu’il a vu et subi, avant de périr au cours d’une révolte à laquelle il a activement participé.

Pour "Ashes to Ashes", tout est parti d’un texte hors du commun: le témoignage bouleversant de Zalmen Gradowski, Juif polonais enrôlé de force à Auschwitz dans les sonderkommandos.

Hanté par ce texte radical, aux qualités littéraires indéniables, Simon Wauters est allé trouver Agnès Limbos; ensemble, ils ont cherché la forme scénique la plus juste pour porter le témoignage de Gradowski à la scène. Pari remporté haut la main: mêlant paroles, musique live et bloc d’argile, "Ashes to Ashes" est à la fois l’incarnation du récit d’un homme, de sa vérité profonde, et évocation symbolique et bouleversante, par la matière, le modelage et le pétrissage, de la Shoah. "Chacun sait que se joue un acte terrible dont lui-même est complice", écrit Zalmen Gradowski dans son livre: c’est pour interroger cette part d’ombre terriblement humaine, qui nous rend tous coupables dans l’inaction, que Simon Wauters a voulu mener ce projet à son terme, sans pour autant vouloir se poser en donneur de leçon.

"Les Une fois d’un soir", Huy, samedi 28/9, festival non payant, ouvert à tous: www.1x1soir.be


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