Le théâtre se joue aussi dans les clubs d'amis et d'entreprises

Arnolphe, vieux célibataire apeuré de se marier pour ne pas être trompé, pense avoir façonné à sa guise la toute jeune Agnès... ©Simon Gosselin

Mécénat | L’Echo a pu accompagner à Paris, début novembre, des membres patrons du théâtre de Liège, qui découvraient en primeur "L’École des femmes" de Molière, qui sera mise en scène par Stéphane Braunschweig dans la Cité ardente du 5 au 8 février. Récit.

Si le déplacement à Paris pouvait sembler évident, la pièce de Molière étant une coproduction des théâtres de l’Odéon et de Liège (lire la critique ci-dessous) la liste des invités était des plus originales. Avec la presse, étaient conviés Stefan Uhoda, entrepreneur liégeois bien connu, fervent collectionneur d’art contemporain et président du Club des entreprises du théâtre de Liège, et deux membres du Club des amis du même théâtre de Liège. (Relire "La dynastie Uhoda", dans L'Echo du 20/9/14)

Ces deux clubs ont ceci de particulier qu’ils permettent à l’institution de bénéficier de ressources financières provenant soit d’entreprises soit de particuliers (qui font alors partie du Club des amis du théâtre). Pierre Thys, directeur des relations extérieures et conseiller à la programmation, explique: "Il est très rare dans le monde du théâtre d’avoir ce type de soutien. Même si nos projets sont financés à 90% par les subsides, cet apport des entreprises et des amis nous aide beaucoup". Cette aide vise à la fois la production et la diffusion.

©Anthony Dehez

Concrètement, pour la saison 2018-2019, le Club des entreprises a contribué à hauteur de 10.000 euros à la production de la pièce musicale en l’honneur des 40 ans de la mort de Brel, "L’Homme de la Mancha", et pour près de 25.000 euros en diffusion, notamment pour "To See a World in a Grain of Sand" de Chi-Yung Wong, une installation présentée lors du Festival Impact 2018.

"C’est la possibilité d’un networking très intéressant pour les entrepreneurs."
Stefan Uhoda
Entrepreneur mécène

Une aide a également été apportée au Prix du projet de médiation et de sensibilisation remis par l’Athénée Maurice Destenay qui a fait de la culture et du théâtre une arme contre les discriminations. "En tant que Liégeois, il me tient à cœur d’aider le théâtre à se développer. J’y contribue surtout par mes contacts avec les entreprises", nous expliquait Stefan Uhoda lors de cette escale parisienne. Et Pierre Thys de confirmer ses propos: "Stefan Uhoda nous aide dans notre relation aux entreprises. Les connaissant, il a une manière très efficace de leur parler que nous n’aurions peut-être pas."

Parmi les entreprises membres, l’on retrouve de grands noms comme 4M, Ethias ou l'avionneur liégeois Safran. Leur partenariat leur garantit une visibilité dans les bâtiments du théâtre et sur tous ses supports publics, mais aussi "la possibilité d’un networking très intéressant pour les entrepreneurs", reprend Stefan Uhoda.

Le théâtre de Liège se présente donc aussi comme le noyau d’un écosystème d’entreprises (principalement de la région liégeoise) leur permettant d’être vues, de se développer, de se rencontrer et parfois même de participer directement à un projet artistique, comme l’a fait Safran AeroBooster à travers "Vortex", l’œuvre innovante d’Éric Burtschy (L'Echo du 2/1/19).

Pour l’instant, ces entreprises mécènes sont au nombre de 12. Le théâtre se donne pour objectif d’en séduire une vingtaine. À bon entendeur.

Club des entreprises partenaires du Théâtre de Liège >cliquez ici

La pièce
critique

Les vices d'aujourd'hui en alexandrins

"L’École des femmes"

Note : 4/5

Stéphane Braunschweig, mise en scène.

Dans sa mise en scène de "L’école des femmes", Stéphane Braunschweig prend le parti de saisir toute la contemporanéité du texte de Molière pour l’exposer visuellement aux spectateurs. Une réussite qui doit beaucoup à la scénographie réalisée par Braunschweig et Alexandre de Dardel, mais aussi aux comédiens, tous très convaincants. Il faut particulièrement saluer le jeu de Suzanne Aubert dans le rôle d’Agnès, qui est devenue ici une version candide de Lolita, mise sous verrière par Arnolphe, un homme que la possessivité rend vil et impuissant. Un rôle que Claude Duparfait parvient également à incarner avec brio, rendant par son incarnation le texte de Molière encore plus pathétique et son personnage encore plus pervers et toxique.

Dans cette mise en scène ultracontemporaine s’exposent tous les vices d’aujourd’hui. Peu importe qu’ils soient exposés en alexandrins, on reconnaît aisément la possessivité, la peur de la femme et l’usage absurde d’une morale courante pour la priver de tout. Le talent du metteur en scène exploite ces penchants avec subtilité, pour que l’on ne soit ni complètement outré, ni complètement amusé, mais que l’on puisse passer du rire au dégoût et de la compassion à la moquerie.

>Du 5 au 8/2/19 au Théâtre de Liège

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