Léa Drouet: "La posture de la râlerie a ses limites"

Engagée à mi-temps, Léa Drouet souhaite aussi conserver du temps pour ses propres créations, qu’elle pense monter ailleurs. ©Emilie Pischedda ©doc

Nouvelle coordinatrice du théâtre de l’Atelier 210, Léa Drouet annonce la mise en place de quotas paritaires pour une culture plus inclusive.

Metteuse en scène et scénographe d’origine française, diplômée de l’Insas, Léa Drouet s’inscrit pleinement dans le vaste mouvement de décolonisation des esprits qui occupe le monde occidental – et le secteur culturel en particulier. Son travail artistique se situe entre l’installation, le théâtre et le mouvement, et sa structure de production fondée en 2014, Vaisseau, est particulièrement sensible aux projets mixtes, avec de fréquentes incursions du côté de la musique expérimentale.

À 38 ans, Léa Drouet devient la nouvelle coordinatrice théâtre de l’Atelier 210 à un moment charnière dans l’histoire de ce lieu: un travail de redéfinition est en effet en cours pour mettre encore plus en avant celui-ci comme "maison d’accueil". Entamé avec toute l’équipe, il se passe dans une perspective d’intelligence collective, le 210 se positionnant dans une horizontalité structurelle avec un comité de coordination composé de 4 personnes: "Je n’ai pas le poids de la direction totale du lieu", précise Léa Drouet.

"Je suis coordinatrice scènes au même titre que le coordinateur musical, François Custers. Cette forme d’organisation de travail est déjà un enjeu politique présent dans l’équipe." Portant un regard sur son parcours, elle confie que ce sont avant tout d’autres personnes qui lui ont donné confiance pour avoir le déclic de postuler: "Ce sont des amis qui m’ont imaginée à cette position, et j’ai senti que c’était juste. Ça traverse tous les artistes de prendre la direction d’un lieu, de combler un manque dans le paysage. La posture de la râlerie a ses limites: à un moment donné, il faut s’engager!"

Décoloniser, décloisonner

"Dans le paysage francophone, je sentais qu’il manquait un espace de représentativité pour les projets protéiformes, un espace identifié comme tel – même si La Balsamine le fait aussi."
Léa Drouet
Coordinatrice théâtre à l'Atelier 210

Attentive à ouvrir le théâtre proprement dit à la performance, à la danse et à tout ce qui peut bousculer les formats, Léa Drouet affirme qu’il faut faire bouger les lignes de l’institution par rapport aux propositions artistiques contemporaines. Ainsi, une grande place est donnée aux jeunes projets, pour convier le public à venir découvrir des choses nouvelles avec joie: "Dans le paysage francophone, je sentais qu’il manquait un espace de représentativité pour les projets protéiformes, un espace identifié comme tel – même si La Balsamine le fait aussi."

La dimension chaleureuse du lieu est tout aussi essentielle à ses yeux: "Plus le contrat avec le public est novateur ou bousculant, plus il faut redoubler de chaleur humaine, travailler la joie et le côté archaïque du rassemblement humain – on l’a bien vu avec le confinement!" Enfants admis, crêpes pour le goûter, va-et-vient autorisés entre la salle et le dehors: "Ce sont ces petits gestes qui permettent de renouer avec l’accueil, et qui sont déjà bien ancrés dans l’ADN du 210!"

La saison qui vient est encore celle d’Isabelle Jonniaux, Léa Drouet ayant jusque janvier pour écrire la suivante: "On va se réunir avec l’équipe pour préciser le projet qu’on veut mener tous ensemble dans sa globalité."

"On ne doit pas se sentir propriétaire d’un lieu, d’où l’importance des mandats limités dans le temps. C’est une institution publique dont je ne suis que locataire."
Léa Drouet

Engagée à mi-temps, la nouvelle coordinatrice théâtre souhaite aussi conserver du temps pour ses propres créations, qu’elle pense monter ailleurs. "On ne doit pas se sentir propriétaire d’un lieu, d’où l’importance des mandats limités dans le temps. C’est une institution publique dont je ne suis que locataire." Il est cependant essentiel à ses yeux de relier sa pratique artistique à la programmation à venir: "Je les vois comme des vases communicants, comme une extension artistique par d’autres voix que la mienne, avec des problématiques qui se rejoignent. Une saison, ce sont des rythmes, des thématiques, des textures, des esthétiques. En ce sens, programmer, c’est aussi un travail sensible…"

À l’Atelier 210, le conseil d’administration a choisi d’établir des quotas paritaires en termes de genres, de minorités et de représentation des personnes non blanches: un engagement politique pris avant la nomination de Léa Drouet, mais dont elle se réjouit: "Cela va m’obliger à réaliser une programmation paritaire et ça m’enchante. Je ne suis pas du tout mal à l’aise avec ces histoires de quotas: chiffrer est une nécessité pour qu’on accorde enfin de la valeur et du crédit à d’autres personnes que les hommes blancs. Qu’on prenne enfin le temps de déconstruire les esprits pour poser les yeux sur des choses moins visibles, pour ramener le périphérique au centre. Les bons sentiments, si c’est juste une déclaration, ça devient un fonds de commerce et ça ne fait pas bouger les choses!"

Atelier 210, 210 chaussée Saint-Pierre, 1040 Bruxelles, 02.732.25.98, www.atelier210.be

Série d'été: Quatre femmes puissantes

Cette semaine, L'Echo présente les quatre nouvelles figures féminines de la Culture et leurs projets pour la rentrée.

1/4 Léa Drouet, coordinatrice théâtre à l’Atelier 210

2/4 Barbara Cuglietta, directrice du Musée Juif de Belgique

3/4 Virginie Nouvelle, directrice générale de Wallimage

4/4 Cathy Min Young, directrice du Rideau de Bruxelles

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