Les langues vivantes de Patrick Corillon

©yves gabriel

Dans le cadre du RRRR festival, le plasticien Patrick Corillon reprend sur la scène du Rideau de Bruxelles 4 récits-performances, dont "L’Appartement à trous", joué dimanche dernier au Théâtre de Liège.

Patrick Corillon a toujours aimé la littérature et les créations plastiques. Fils conducteurs de son œuvre inclassable, ces deux éléments se retrouvent une fois encore dans "L’Appartement à trous", un récit-performance qui s’intègre dans la quadrilogie Les vies en soi. Et si la langue – ou plutôt les langues – est le matériau premier de ce monologue, sa source narrative prend comme point de départ la vie du poète russe Ossip Mandelstam et sa séquestration dans une prison en Union Soviétique.

Peu à peu, l’artiste nous plonge dans un voyage personnel où la parole devient le centre du texte.

Sur scène, une table en bois. "Le même bois que celui du plancher de la cellule de Mandelstam", nous dit l’artiste. Un plancher qui contiendrait encore les traces des histoires racontées par le poète russe à ses compagnons d’infortune. Et c’est en s’appuyant – physiquement et métaphoriquement – sur cette table que le récit de Patrick Corillon prend forme et s’anime grâce à des souvenirs et des dessins. Peu à peu, l’artiste nous plonge dans un voyage personnel où la parole devient le centre du texte. La parole comme discours, avec la mère, la grand-mère; la parole comme apprentissage, dans les cours d’anglais; la parole, enfin, comme motif de voyage vers des forêts polonaises. Sans prévenir, le récit mélange les lieux géographiques et les cadres spatio-temporels et Patrick Corillon s’évade, immergé dans un monologue parfaitement construit.

©yves gabriel

En soixante minutes et avec pour seul matériau cette table à tiroirs, l’artiste nous conte un récit hors du monde et hors du temps, en équilibre instable sur le fil du réalisme. Drôle, ludique et souvent cynique, le plasticien ne cesse, durant tout le monologue, de poser un regard critique sur le monde contemporain, avec des airs faussement naïfs. "Il faut toujours croire ce que disent les autres", nous rappelle-t-il sentencieusement. À la croisée des genres, cette nouvelle performance est résolument atypique et faussement moderne. Aussi rappelle-t-elle que la qualité d’une performance tient beaucoup au talent de conteur de son interprète. Et du talent, Patrick Corillon en a incontestablement.

Patrick Corillon, "L’Appartement à trous" ce 18 septembre au Rideau de Bruxelles, 02 737 16 00, www.rideaudebruxelles.be.

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