Les mécomptes d'Hoffmann

©Bernd Uhlig

Plombé par la mise en scène de Warlikowski, l’ultime chef-d’œuvre d’Offenbach est heureusement galvanisé par un superbe casting vocal sous la direction éclairée d’Altinoglu.

Les fans de Krzyzstof Warlikowski ne seront pas déçus. Pour la nouvelle production des "Contes d’Hoffmann", œuvre testamentaire d’Offenbach qui scelle l’année à la Monnaie, le metteur en scène polonais a revisité sa boîte à obsessions: talons hauts, clopes au bec, filles vulgaires, mecs veules, surcharge scénique… Sans oublier sa monomanie cinématographique qui tente ici de masquer par un excès de vidéo la vacuité du propos. De celui qui signa les inoubliables "Médée" et "Macbeth", on pouvait attendre davantage qu’à tel recyclage de tics et de tocs.

À la décharge de Warlikowski, les "Contes" forment une œuvre complexe, avec plusieurs drames en un. Amoureux fou de la cantatrice Stella, qu’il attend dans une taverne très animée, Hoffmann narre à la galerie ses histoires d’amour avec Olympia, Antonia et Giulietta, en trois récits qui sont autant d’escapades fantasmées. Cette succession de tableaux contrastés n’aide pas à tendre un fil narratif, d’autant que le compositeur mourut avant d’achever son opéra, laissé en grand désordre.

Sans émotion, magie ou direction d’acteur

De celui qui signa les inoubliables "Médée" et "Macbeth", on pouvait attendre davantage qu’à tel recyclage de tics et de tocs.

Que Warlikowski ait choisi de nous y égarer aurait été acceptable si dans, cet "opéra fantastique", comme le sous-titra son auteur, il n’en avait gommé l’adjectif, montant un spectacle sans émotion, sans magie. Et sans direction d‘acteur. Alors, on se plonge dans ce que l’on est venu célébrer: la musique, superbe, et les voix qui la magnifient.

C’est en effet aux solistes, à l’orchestre et à son chef que l’on réservera tous les éloges, pour leur engagement communicatif dans la richesse vagabonde de cette œuvre désespérée souvent, drôle parfois. Le ténor Eric Cutler est remarquable de stature et de jeu dans la peau d’Hoffmann, le poète éthylo-dépressif. Fascinante aussi, la classe de l’omniprésente Michèle Losier, mezzo bouleversante dans le grand air de Niklauss à l’acte 3.

Voix solide et belle performance d’acteur encore pour la machiavélique basse hongroise Gabor Bretz, un habitué de la maison, qui enfile sans faillir les quatre costumes de Lindorf, Coppélius, Miracle et Dapertutto.

Très attendue dans le rôle des multiples amours d’Hoffmann, Patricia Petibon a, pour sa part, relevé le lourd défi d’endosser les principaux rôles féminins. On pardonnera quelques imprécisions inhérentes à l’ampleur de la tâche assumée par cette comédienne née, qui offre à la poupée Olympia une version totalement déjantée des célébrissimes "oiseaux sous la charmille".

Opéra

"Les Contes d’Hoffmann", d’Offenbach.

Note: 3/5

Mise en scène: K.Warlikowski; direction musicale: A.Altinoglu.

Dans la fosse, Alain Altinoglu déploie ses talents de grand ordonnateur pour assembler cette œuvre complexe, tout en soulignant la richesse de l’orchestration sans chercher une vaine synthèse entre opérette et drame romantique. Démonstration avec les puissantes vagues sonores dont il organise magistralement, en parfait symphoniste, l’irrésistible montée en puissance. Et lorsque tombe le verdict du chœur conclusif – "On est grand par l’amour, plus grand par les pleurs" – , l’on quitte Offenbach avec, certes, la rétine fatiguée par trop de fatras visuel mais l’oreille totalement comblée. Offenbach survivra à Warlikowski. Tout comme Alain Altinoglu, dont on vient d’apprendre, excellente nouvelle, le renouvellement de son mandat de directeur musical jusqu’en 2025.

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