Les Tanneurs ont pignon sur rue

La façade du Théâtre des Tanneurs

Cette rentrée, le théâtre implanté dans les Marolles dévoile une deuxième salle, un nouveau foyer et met en valeur le travail de création de cinq artistes associés.

Cela fait vingt ans qu’on pénètre aux Tanneurs en passant sous un porche puis en poursuivant jusqu’au bout de l’impasse qui mène à la billetterie et au foyer. Désormais, le nouvel espace qui accueille les publics pour un débat, un verre ou (bientôt) un petit plat, est visible depuis la rue grâce à l’ancienne vitrine heureusement conservée, et fait le lien entre le théâtre et le quartier. Brique rouge aux murs, granito d’époque au sol: pour le moment, c’est brut de décoffrage et c’est beau. La seconde phase des travaux, confiée au bureau d’architecture ADN, est prévue pour 2022, avec une inauguration à la rentrée d’octobre.

Festival de théâtre

"Next Move"

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Théâtre les Tanneurs,

du 5 au 10 octobre,

Mais d’ici là, le théâtre met les petits plats dans les grands et dévoile au public l’occupation de ses trois bâtiments, traversant tout un pâté de maisons jusqu’à la rue Vanderhaegen. La grande salle que l’on connaît bien est en effet située dans une ancienne usine en intérieur d’îlot, et une nouvelle salle, plus petite, vient d’ouvrir ses portes à l’arrière, dans une bâtisse où, paraît-il, étaient imprimés les billets de banque pour le Congo. Munie d’un plancher et d’un tapis de danse, cette plus petite salle, qui servait aux répétitions, peut à présent accueillir de 60 à 80 personnes. À l’étage, d’anciens bureaux deviennent une salle de création pour les artistes en résidence. Des aménagements qui permettront dorénavant d’accueillir 22.000 spectateurs par an (hors restrictions Covid) contre 10 à 12.000 auparavant, et d’étoffer la programmation à 20 spectacles au lieu de 12, dont 5 petites formes.

"Maison d’artistes – fabrique de théâtre" peut-on lire sur la façade avant, ancien immeuble d’habitations qui abrite les bureaux, et dont 16 occupants furent déportés à Auschwitz, ainsi qu’en témoignent les "pavés de la mémoire" à même le trottoir (ils sont nombreux dans le quartier). Un passé chargé, en train d’être exhumé, qui exprime le désir profond du théâtre de tisser des liens plus étroits avec son environnement – les Marolles, son histoire, son actualité. Il en est ainsi de Geneviève Damas, autrice et dramaturge associée au théâtre pour une durée de quatre ans, qui a choisi d’aller à la rencontre des femmes de la cité "Querelle" (7 immeubles de logements sociaux datant des années 1970) et des résidents de la maison de retraite Sainte-Gertrude, pour écrire avec eux dans le cadre d’ateliers: "Je ne sais pas encore sur quoi ça va déboucher. Je sais seulement que ce sera un projet citoyen et que mon travail d’autrice est de prendre ce qui est là, ce qui vient, de tricoter avec." Un travail de médiation bien présent dans l’ADN des Tanneurs depuis ses débuts…

"Maison d’artistes"

En tout, ce sont neuf artistes ou compagnies associés qui travaillent en étroite collaboration avec les Tanneurs, selon des modalités et un accueil personnalisés. Un accompagnement sans obligation de résultat ni contrat d’exclusivité, précise Alexandre Caputo, codirecteur du lieu avec Catherine Ansay. Un travail qui évolue selon le rythme de production de chacun, le théâtre s’engageant à (co)produire leurs créations au cours des quatre années de collaboration. Cette année, cinq de ces artistes ouvrent la saison par une petite forme, dans le cadre du festival "Next Move": en ce début octobre, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola (Cie Still Life), Salvatore Calcagno (GarçonGarçon), Fany Ducat, Gurshad Shaheman et Éline Schumacher envahissent tous les espaces du théâtre dans la joie et l’inventivité. Cinq spectacles hauts en couleur, riches en émotion, dont on ne dévoilera rien si ce n’est qu’aucun n’est à manquer! S’ajoutent à ces cinq-là Geneviève Damas, Thomas Hauert (Zoo), le Nimis Groupe et Armel Roussel ([e]utopia). "Un compagnonnage comme celui-ci enlève la pression de chercher sans cesse des coproducteurs et offre un merveilleux outil pour travailler", s’exclame Geneviève Damas. "On sent qu’on a toute une maison derrière soi, on est ancré dans un lieu, épaulé, on échange entre nous, on bénéficie du travail des autres ainsi que d’espaces de travail et de moyens de production. Ça permet de grandir dans la sérénité."

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