Livre | Peter de Caluwe fait de l'opéra un art de combat

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Dans un livre d'entretiens à paraître le 10 septembre, le directeur de La Monnaie livre ses convictions et répond à ses détracteurs. Les confessions d'un idéaliste.

"Opéra, passion(s) et controverse(s)" - Stéphane Renard. Éditions Racine, 109 page. À paraître le 10 septembre 2019.

La fenêtre de tir pour sortir un livre d’entretiens était sans doute idéale, au moment où Peter de Caluwe revient bredouille de Paris, où il briguait la direction de l’Opéra, et un an après avoir pris en pleine figure un dossier à charge du Vif/L’Express qui brocardait sa gestion autoritaire de La Monnaie. Il en avait été ébranlé, lui qui cherche en toute chose "l’harmonie" et la "cohésion du groupe", comme on peut le lire dans "Opéra, passion(s) et controverse(s)", à paraître le 10 septembre, aux éditions Racine, sous la plume de notre confrère Stéphane Renard.

Fin décembre, lorsqu’il nous confirmait son troisième mandat à la tête de l’institution bruxelloise, Peter de Caluwe avait éprouvé ce sentiment douloureux d’être mal aimé et incompris, à la fois par ses équipes, que ses envolées philosophiques peuvent laisser de marbre, que par une partie du public, qui ne lui pardonne pas des choix esthétiques radicaux, souvent sombres et qui le prennent à partie.

Au départ de discussions informelles avec le journaliste, la trame d’un livret d’opéra en 4 actes s’est finalement imposée, avec son prologue, son acteur principal et son épilogue en forme d’ode à la beauté, le tout entrecoupé d’intermèdes où Peter de Caluwe reprend la plume pour défendre ses productions les plus controversées, dont "La flûte enchantée", par Romeo Castellucci, et "La Traviata", par Andrea Breth. Pour le reste, les entretiens, en questions-réponses, ont laissé libre cours à un verbe disert et direct, et n’ont pas, lit-on en préambule, été amendés par l’intéressé, honorant le "contrat moral" passé avec Stéphane Renard, par ailleurs critique régulier des opéras de La Monnaie dans L’Echo.

"Si le public devait déterminer ce qu’on doit lui offrir, c’en serait fini de la liberté artistique. Or elle est fondamentale, car elle est l’une des dernières qui nous restent, même dans notre société démocratique."

De l’ouvrage, il se dégage le sentiment paradoxal d’un homme blessé qui semble dire comme Cicéron: "O tempora! O mores!", parlant de "contexte apocalyptique", d’"effondrement de nos certitudes démocratiques", de "glaciation"; et de l’autre, d’un idéaliste, collons-lui cette épithète pour le distinguer de ses prédécesseurs, Gérard Mortier le moderniste et Bernard Foccroulle l’humaniste, qui refuse obstinément un "retour à la Restauration" que nous ramènent l’incertitude et la peur.

Car sa "mission", comme son art, est politique, allusion à "La Muette de Portici" qui lança l’Indépendance belge depuis son théâtre, ou au "Viva Verdi!", slogan du Risorgimento italien. "Je défends avec force l’idée qu’une institution subventionnée par l’argent des contribuables a une responsabilité sociétale et politique à assumer." Et c’est comme cela qu’il faut comprendre ses choix parfois radicaux et sa croisade perpétuelle pour maintenir en l’état son niveau de subventions. Sans subventions, pas de liberté artistique, et sans liberté artistique, pas d’édification des peuples. "La liberté artistique, c’est notre privilège. Un privilège qui vacille de plus en plus dans le monde actuel."

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Alors il frappe dur tant qu’il le peut car ce qu’il redoute, c’est un scénario à l’italienne dans une comparaison hilarante entre l’opéra et la cuisine du cru, certes excellente mais toujours identique et partout pareille.

Avec ses metteurs en scène engagés, il ne veut pas suggérer, mais montrer, jeter en pâture, mettre à nu toutes les affres d’une société malade d’elle-même et tous les affects qu’il renvoie à la face du public pour le faire réfléchir à défaut de lui complaire. "Le ‘skandalon’ (le caillou qui fait trébucher) est un élément clé dans une démocratie. C’est du questionnement et des réponses que l’on y apporte que naît l’harmonie."

Au demeurant, quelles stratégies veut-il développer pour dépasser le cercle de l’"élite de l’esprit" apte à le recevoir et "montrer d’autres voies" à la société dans son ensemble? Pas de réponse claire à cela. Le défi reste entier.

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