chronique

Macbeth et ses trop légères insomnies

Un excellent orchestre, une Lady Macbeth poignante, mais une noirceur qui reste en surface et délave le chef-d'oeuvre.

S’attaquer à "Macbeth", pour une première mise en scène d’opéra, exige de l’audace et des idées. De l’audace, Olivier Fredj n’en manque pas, lui qui fut l’un des finalistes du concours organisé l’an passé par la Monnaie pour la mise en scène de "Mitridate". Quant aux idées, elles foisonnent chez ce jeune régisseur de théâtre. Un peu trop sans doute, car habiller l’opéra de Verdi inspiré de l’immense tragédie de Shakespeare n’exigeait sans doute pas une telle débauche de sollicitations visuelles et chorégraphiques. Le drame y perd de sa substance, le propos de son intensité. On en sort avec un sentiment mitigé, ne sachant trop s’il faut parler de demi-échec ou de demi-succès.

Un excellent orchestre, une Lady Macbeth poignante, mais une noirceur qui reste en surface et délave le chef-d’œuvre.

Fredj a choisi de planter le décor dans un hôtel de luxe d’avant-guerre, mais sans vraiment dater le propos, tant cette œuvre sombre et obsessionnelle n’a guère besoin de référence temporelle pour happer le public. Macbeth, noble écossais, se voit prédire par des sorcières qu’il sera roi un jour. Il n’en faut pas plus pour que l’ambitieuse Lady Macbeth pousse son époux au régicide. Un crime non assumé par son auteur, qui sombre peu à peu dans la folie.

La première lecture, évidente, du propos shakespearien tient de la leçon de morale, même si l’œuvre est nettement plus dense. La rançon du pouvoir et de l’ambition dévorante, c’est la violence sous toutes ses formes, avec pour corollaires la démence, l’autodestruction et le sang. Pour symboliser les insomnies mortifères et les hallucinations dantesques de Macbeh, Olivier Fredj a fait appel aux projections vidéo du plasticien Jean Lecointre, dont le "collage digital" projette sur les murs du palace des images inquiétantes.

©Bernd Uhlig

Reste la personnalité de Macbeth, victime de ses pulsions et de ses désirs, mais enserré dans le carcan des interdits. Le baryton américain Scott Hendricks, qui avait déjà tenu le rôle à Bruxelles, investit son personnage avec l’énergie qu’on lui connaît. En Lady Macbeth, la mezzo-soprano Béatrice Uria-Monzon n’a pas la tâche aisée, avec un rôle exigeant autant sur le plan théâtral que vocal. Mais la Française, que l’on découvre pour la première fois à la Monnaie, assume. Si elle a plutôt le physique d’une Carmen – un de ses rôles fétiches — que celui d’une lady acariâtre, son sens du drame et une tessiture généreuse lui permettent d’aborder avec succès ce répertoire très exigeant par son amplitude. Elle est l’un des maillons forts de la soirée.

Le second atout se joue dans la fosse, où le chef italien Paolo Carignani – qui dirige sa 5è production de "Macbeth" — réalise un travail d’orfèvre avec l’orchestre maison. Il lui insuffle avec une énergie toute latine la clarté et la précision qu’exigent les reliefs généreux de la musique de Verdi.

Ces réels atouts ne peuvent cependant masquer une impression de trop-plein qui tranche sur la noirceur originale du discours, et ce n’est pas la place dévolue aux sorcières – danseurs plus déjantés que terrifiants – qui va tendre un fil que Verdi voulait très serré. Il se révèle en tout cas trop ténu pour que les funambules qui y déroulent leur angoisses puissent nous emporter avec eux dans leurs cauchemars.

"Macbeth", de Verdi. Jusqu’au 29 septembre, au Palais de La Monnaie. www.lamonnaie.be

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