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Michael De Cock: "Repenser le théâtre en temps de corona est vraiment excitant."

Michael De Cock, directeur du KVS, se prépare à une nouvelle saison pas comme les autres et réinvente le théâtre afin de mieux respecter les mesures sanitaires. ©BELGA

Ce mercredi, le directeur du Koninklijke vlaamse schouwburg (KVS) Michael De Cock dévoile sa prochaine saison, entièrement pensée pour coller à la crise sanitaire qui touche de plein fouet le secteur des arts vivants. Face aux dernières mesures gouvernementales, il se dit plutôt satisfait de ce qui est prévu cet été. Aperçu d’un déconfinement très progressif, qui ouvre sur de nouvelles perspectives dès le mois d’août.

Vous n’avez pas attendu le prochain Conseil national de sécurité pour décider d’adapter la nouvelle saison et redéfinir les pratiques…

Dans le monde du théâtre, on sait tous depuis avril que ce ne sera pas comme d’habitude la saison prochaine. Au KVS, nous avons pris la décision de ne pas faire comme si de rien n’était, comme si on voulait rentrer au plus vite à la normale. Mieux vaut entrer dans une logique de répétition avec moins de personnes au m². J’ai donc contacté les artistes pour préparer la rentrée avec des spectacles plus courts, qu’on peut aussi jouer dehors. Tout doucement, ils ont commencé à prendre conscience que leur calendrier allait bouger – les tournées prévues, les répétitions. On a compris qu’il fallait trouver une nouvelle façon d’être ensemble, que ce soit pour un spectacle joué devant 100 personnes et diffusé simultanément en streaming, ou en investissant les espaces extérieurs. Tout ça dans le cadre d’une discussion avec les artistes: ce sont eux qui décident s’ils sont partants!

Sortir du théâtre, c’est un choix symbolique qui en dit long?

"La météo fait partie de la culture des festivals in situ depuis 15 ans, et ça donne des moments très intenses."
Michael De Cock
Directeur du KVS

On voulait quitter notre bulle artistique, géographiquement et symboliquement, pour arriver à toucher un autre public, ainsi que les artistes confinés qui désirent travailler. Nous avons proposé à la Ville de Bruxelles de travailler ensemble pour élargir le dialogue entre nos murs et l’espace urbain. Nous allons bien entendu continuer à accueillir les artistes et le public chez nous, mais nous irons aussi jouer en extérieur, pour continuer à créer du lien. "Et s’il pleut?", me demandent les gens. La météo fait partie de la culture des festivals in situ depuis 15 ans, et ça donne des moments très intenses. Je me souviens avoir joué Hannibal lors du Festival au carré à Mons sous une pluie battante: c’était inoubliable, pour le public comme pour les comédiens.

Quel sera l’impact de ce modus operandi sur le plan économique?

Le modèle économique n’est pas le plus important. La crise aura des répercussions sur toute la saison, même à l’international. En termes de rentabilité, on ne pourra pas continuer comme ça à long terme, mais il nous fallait avant tout réfléchir à comment créer cette année. Pendant le confinement, la culture a été plus vivante que jamais, mais les artistes n’ont pas été payés. C’est ça, la grande catastrophe: le Covid est à la fois une crise artistique, humaine et financière, raison pour laquelle nous souhaitions plus que jamais que des artistes puissent à nouveau travailler. On n’est pas que des bâtiments en pierre, nos subventions doivent avant tout servir aux gens! Nous avons donc lancé 10 créations pour septembre, avec des artistes sous contrat, qui peuvent même travailler en partie de chez eux. 

Concrètement, comment se déroulera ce début de saison?

"La nouvelle saison sera placée sous le signe de la transformation, aussi bien dans les contenus que dans les formes."
Michael De Cock
Directeur du KVS

Repenser le théâtre en temps de corona est vraiment excitant. C’est un moment historique qui peut nous faire vivre des façons d’être ensemble qu’on n’oubliera jamais. Pour notre ouverture en septembre, "KVS breekt uit" ("KVS se réinvente", NDLR), nous avons imaginé un nouveau rituel: on commence dehors, sur la place derrière le théâtre, avec des performances et des solos de danse, puis on entre en salle où, pendant 24 heures, des artistes vont se succéder pour des performances de courte durée autour de la servante – la lampe qui reste allumée non-stop au théâtre – et ainsi, au bout de 24 heures, 24 comédiens auront raconté leur histoire. Une façon de repenser les lieux et le temps, de vivre une intimité autour d’une petite lampe, de créer une salle pleine dans un temps plus long.

Cela signifie aussi abandonner des projets plus ambitieux?

"Le rêve d’avoir de grandes productions n’est pas pour tout de suite."
Michael De Cock
Directeur du KVS

Le rêve d’avoir de grandes productions n’est pas pour tout de suite, il faut mettre ça de côté pour le moment. La nouvelle saison sera placée sous le signe de la transformation, aussi bien dans les contenus que dans les formes, avec des spectacles plus courts, de 50 minutes à 1 heure, ou des performances en boucle, qui permettent au public d’entrer et sortir facilement. Même dans la grande salle, on a imaginé des spectacles en quadrifrontal pour respecter les distances sociales. Ce sera plus sécurisant de venir au théâtre que de faire ses courses! Dans l’équipe, tout le monde est déjà quasi prêt, car on s’y prépare depuis longtemps.

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