Michael Delaunoy tire sa révérence en beauté avec "Des hommes endormis"

©BeataSzparagowska

Cinq ans après avoir monté "La Ville", Michael Delaunoy revient à Martin Crimp pour sa dernière mise en scène au Rideau de Bruxelles en tant que directeur – "Des hommes endormis".

Hambourg, deux heures du matin. Un couple d’âge mûr débat sur ce qu’il reste de l’amour au fil des années. Dès leurs premiers échanges, la tension entre Paul et Julia est palpable, mais ce n’est rien encore en comparaison de ce qui va suivre et qui fait de Martin Crimp l’un des plus grands auteurs dramatiques anglais de notre temps, à propos de qui Michael Delaunoy déclare: «Comme lui, je plaide pour un art qui donne des impulsions, pas des solutions.» Un art de la violence sourde, indistincte, qui place le public dans un état d’alerte et d’anxiété, ignorant d’où partira le prochain coup.

Création

«Des hommes endormis»
Teaser vidéo >ici

Écriture Martin Crimp, texte français Alice Zeniter, mise en scène Michael Delaunoy
Avec Anne-ClaireSerge DemoulinMikael Di Marzo et Pauline Serneels

♥ ♥ ♥ ♥

Jusqu'au 10/10/20 au Rideau de Bruxelles

Dès le départ, Crimp choisit de placer ses personnages dans une situation pour le moins inexpliquée: s’inspirant sans s’en cacher de «Qui a peur de Virginia Woolf» d’Edward Albee et d’un tableau de Maria Lassnig, «Des hommes endormis», il fait de la nuit blanche de Paul et Julia une énigme, quand apparaît sur le seuil de leur appartement un couple plus jeune, invité par Julia: son assistante, Joséfine, et son fiancé, Tilman.

La grande intelligence de Delaunoy a été d’utiliser le climat hygiéniste et confiné des répétitions pour déployer une scénographie quadrifrontale, qui (se) joue de la distanciation physique et du rapport au toucher. Didier Payen, qui avait déjà signé la scénographie de «La Ville», a eu l’audace d’exploiter notre «temps masqué», empêchant les corps de circuler librement pour contraindre les quatre acteurs dans leur jeu et leur rapport au public.

Retourner la contrainte sanitaire

«Nous avons voulu retourner la contrainte sanitaire à notre avantage, se réapproprier une situation subie et en faire une force artistique. Par ailleurs, le côté glaçant des dialogues de Crimp, cette approche des comportements humains qui évoque un travail de laboratoire, nous semblait permettre un dialogue particulièrement pertinent avec l’hygiénisme du moment», commente Delaunoy.

«Le côté glaçant des dialogues de Crimp, cette approche des comportements humains qui évoque un travail de laboratoire, nous semblait permettre un dialogue particulièrement pertinent avec l’hygiénisme du moment.»
Michael Delaunoy
Metteur en scène

Sur scène, Serge Demoulin et Anne-Claire incarnent brillamment les rapports de domination et de résignation sous-entendus par Crimp, face à un monde où tout est devenu marchandise – même l’actionnisme viennois défendu par Julia ou la musique dance produite par Paul. Dénués d’empathie face au jeune couple qui frappe à leur porte, ils ne peuvent que mesurer l’écart générationnel qui les sépare et les mène à des comportements à la limite de la rupture, instaurant un climat d’inquiétante étrangeté qui vire à la toxicité.

On découvre, dans les rôles de Joséfine et Tilman, Pauline Serneels et Mikael Di Marzo – jeunes, beaux, ambitieux et ambigus, pleins d’une fougue sans mémoire et sans but. Un quatuor qui évoque subtilement la transmission, l’identité, le genre, la procréation ou la sexualité, mais sans jamais trancher, comme un polar dont on aurait perdu la clef.

des hommes endormis: le teaser!

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