Nouvelle source d'inspiration à Spa

©Valérie Burton

Pour sa 58e édition, le Festival de Spa s’offre une nouvelle direction. Axel de Booseré propose une programmation en reflet de la diversité du spectacle vivant. Corporel, itinérant et créatif.

Le Festival de théâtre de Spa, c’est un historique. Créé en 1959 à l’initiative du Théâtre National de Belgique, il est conçu comme décentralisation et reflet de la production de ce dernier. Plus largement vitrine, dès 1988, de la production théâtrale en communauté française, il est, depuis 1999, doté d’un contrat-programme.

Le Festival de théâtre de Spa, ce sont aussi des chiffres. 11 jours. 26 spectacles, dont 8 déjà complets. 3 créations. Et 10.000 spectateurs en moyenne par édition.

Mais le Festival de Spa, c’est cette année une nouveauté. Axel de Booseré, acteur et metteur en scène, signe en effet en ce mois d’août sa première édition en tant que directeur de l’événement. En cheville avec Cécile Van Snick, qui assure quant à elle sa dernière année de programmation.

Puis, plus pragmatiquement, le Festival de Spa, c’est un événement dans une région à haut potentiel touristique. Un atout et une possibilité d’autres publics, que souhaite exploiter le nouveau directeur, attentif qu’il est aux spectateurs. "J’ai toujours intégré dans ma démarche de créateur la rencontre avec le public. C’est important de penser à ce moment de rencontre avec une œuvre, qui fait sortir le spectateur de sa vie quotidienne, et lui apporte plaisir et réflexion." Un spectateur potentiel qui, à Spa, n’est pas nécessairement francophone. D’où la volonté d’Axel de Booseré d’une programmation de corps autant que de mots. "Dans le futur, je souhaite développer le spectacle circassien et la magie nouvelle. Cette dernière est un nouveau secteur artistique qui s’ouvre, un espace entre la magie et le spectacle qui utilise les dernières technologies", nous confie-t-il à ce propos.

"Dans le futur, je souhaite développer le spectacle circassien et la magie nouvelle."
Axel de Booseré
Directeur du festival de Spa

Pas de magie nouvelle dans la programmation cette année, mais un théâtre de corps, et pas mal d’interdisciplinarité. Avec "Jet Lag", notamment, proposition poético-corporelle de la compagnie Chaliwaté. Un aéroport, la foule suggérée, la solitude évoquée, une scène épurée, de l’acrobatie bien pensée, des comédiens-performeurs, acrobates et danseurs, ce spectacle se voit avec des yeux d’enfant. Au propre comme au figuré. "Ressacs" fait également partie des propositions qui se passent de mots. À la barre, Agnès Limbos, maîtresse ès théâtre d’objets. Derrière une table où se pose un joli bric-à-brac, elle raconte le quotidien chaotique de Monsieur-et-Madame-Tout-Le-Monde en pleine crise financière et amoureuse. À ses côtés, Grégory Houben, qui délaisse pour un temps sa trompette jazzy-solaire, complète cette narration théâtrale.

Classique contemporain

Mais si le Festival souhaite montrer le spectacle vivant dans ses formes les plus originales, il n’en oublie pas pour autant le théâtre classique. On pourra ainsi applaudir le flaubertien "Bouvard et Pécuchet" ou la truculente "Affaire de la rue Lourcine", signée Labiche. Le théâtre de mots se dira aussi dans ses écritures contemporaines, avec le spectacle-documentaire de François Sauveur, euthanasie en fil rouge: "En attendant le jour". Sur scène, Quantin Meert, Laurent Caron et Seloua M’Hamdi sont rejoints par Luc Sauveur, père du metteur en scène, oncologue pratiquant l’euthanasie, qui inspira le propos de la pièce. Qui dit classique contemporain, dit aussi créations. "Jours Radieux" de Jean-Marie Piemme est de celles-là, avant sa présentation au Théâtre de Liège, en saison. Ou encore "Caméléon", de Jean Muno et "La Solitude du Mammouth", texte de Geneviève Damas mis en scène par Emmanuel Dekoninck.

Dehors dedans

Mais Axel de Booseré, c’est aussi une première vie à la tête d’Arsenic, compagnie de théâtre différent qui proposa, au Festival de Spa notamment, ses créations sous chapiteau, dont les mémorables "Une soirée sans histoires" et "Chez Marie-Bastringue", en 2001. Cette forme de théâtre itinérante, qui invite à la fête, à la convivialité, le nouveau directeur du Festival y est particulièrement attentif. Cette année, les Baladins du Miroir posent donc leur chapiteau dans la ville d’eau, y proposant un très coloré "Roi Nu". Chapiteau qui accueillera également le texte de Fabrice Gardin, "Théroigne de Méricourt, l’Amazone des Ardennes".

Marcher, penser, exister

"Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter." La citation est de Cioran. Elle apparaît en exergue de la présentation, sur le site de la compagnie Victor B, de "Walking Thérapie", spectacle-conférence proposé au festival de Spa. Indiquant clairement le ton déjanté de cette proposition théâtrale autour du bonheur, du malheur, de la tristesse et de l’optimisme. Une proposition qui met le théâtre hors des murs, et l’envisage comme une expérience urbaine, à la rencontre de la ville, de ses recoins et ses habitants. Concrètement? Nicolas Buysse et Fabio Zenani, improvisés conférenciers d’un jour, nous accueillent, nous, participants à ce spectacle-thérapie. Chacun, nous recevons un casque, qui nous relie aux propos des conférenciers, et à un environnement sonore habilement pensé.

Puis nous nous mettons en route, à la suite des deux comédiens, dans les rues de la ville, pour une promenade contée. "C’est un safari urbain, explique Nicolas Buysse. Une façon de donner à voir le théâtre autrement, hors des murs qui peuvent parfois asphyxier. Il s’agit de jouer avec le réel, la ville, les passants. Ce qui crée une énergie commune dans le groupe, les spectateurs devenant en quelque sorte acteurs de la pièce." Acteurs passifs, on précise, pour ceux que les feux de la rampe rebutent. Cette pièce déambulatoire, élaborée par les deux comédiens a été repensée dramaturgiquement avec l’aide de Fabrice Murgia, directeur du Théâtre National. Elle interroge la quête du bonheur, et le pouvoir – non sans danger – de la suggestion. Esprit chagrin s’abstenir (quoique), curieux de tout bord, y courir. I.P.

"Walking Thérapie", le 12 à 14h et le 13/08 à 14h et 17h, www.festivaldespa.be.

Hors les murs (du théâtre), on déambulera aussi dans la ville en compagnie de Nicolas Buysse et Fabio Zenoni, et de leur désopilante "Walking Thérapie" (voir encadré). Et souligner encore que le Festival se veut enfants admis, avec notamment l’excellent "Piletta ReMix" qui, après avoir séduit les festivaliers à Avignon, propose son émission radio live pour spectateurs casqués, petits et grands.

Concerts, rencontres avec les artistes et stages complètent la proposition d’un Festival qui joue la carte de la multiplicité, fond et forme. Et s’inscrit dans la cité et la vie de ses habitants, qu’ils soient d’un jour ou de toujours.

 Le Théâtre Festival de Spa se déroule du 11 au 21 août, en divers lieux, www.festivaldespa.be.

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