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Opéra | Warlikowski chez les taulards - Note de 3/5

©B.Uhlig_La Monnaie

Le dernier opéra de Janacek explore l’univers carcéral, entre drames humains et rires salvateurs. Mais Warlikowski en force le trait.

>"De la maison des morts", de Janacek. Jusqu'au 17/11 à La Monnaie.

Opéra

"De la Maison des Morts"

de Leos Janacek

Cote: 3/5

Michael Boder, direction musicale. Krzysztof Warlikowski, mise en scène.

Jusqu’au 17/11

www.lamonnaie.be

La prison détruit et corrompt. Elle instaure la haine, la lâcheté et la déchéance pour prix de la survie. La taule n’a jamais guéri personne. Cela a toujours été ainsi. Ce l’était en 1928, lorsque le Tchèque Leos Janacek composa son dernier opéra, "De la maison des morts", inspiré par l’œuvre de Dostoïevski, qui passa quatre ans dans un bagne sibérien. Et ce l’est encore et toujours aujourd’hui, ce qui donne à la nouvelle production de La Monnaie une résonance très forte.

Lire aussi à ce sujet: "La Monnaie enchante la prison de Louvain" (L'Echo du 6/11/19)

C’est en effet une œuvre radicale qui, après avoir été applaudie à Londres au Royal Opera House, arrive à Bruxelles dans la mise en scène du Polonais Krzysztof Warlikowski. Radicale par le propos – même si Janacek rappelle en épigraphe qu’en chaque créature existe "une étincelle divine". Radicale aussi par une partition inachevée, à l’esthétique tendue et fascinante. Œuvre extrême enfin par son livret, d’une intelligence complexe, qui ne se livre pas sans effort.

"De La maison des morts" à La Monnaie | Trailer

D’histoire, il n’y en a pas vraiment. Et ce n’est pas l’arrivée inattendue, parmi les droits communs, d’un aristo prisonnier politique qui a valeur de trame narrative. Mais là n’est pas l’essentiel. La modernité presque cinématographique de cet opéra court (1h40) et intense tient en son assemblage de fragments humains, qui sont autant de tranches de vies happées par le crime, la vengeance ou la trahison.

L’interprétation en est rendue d’autant plus exigeante. Dans cette distribution presque exclusivement masculine, le chanteur se doit d’être plus que jamais comédien. Sur ce plan-là, la réussite est évidente, et l’on ne sait plus, de l’implication vocale ou de l’engagement théâtral, ce qu’il faut davantage admirer. Mention spéciale pour Pavlo Hunka, baryton ukrainien particulièrement émouvant dans sa longue narration du dernier acte.

Orchestre gonflé, poupées gonflables

On saluera d’autant plus le plateau vocal qu’il doit affronter un orchestre jouant trop fort. Car c’est dans la fosse que réside la vraie faiblesse. Le volume sonore excessif donne trop souvent le sentiment d’avoir affaire à une formation en roue libre, dans une partition foisonnante qui exige, par l’infinie richesse de ses motifs, une direction millimétrée. Cette musique superbe, d’une tension constante à peine tempérée par quelques instants de grâce chorale, exige un sens de la nuance que la baguette de Michael Boder peine à trouver.

Un grotesque assumé par le metteur en scène, qui rappelle l’expressionnisme déjanté d’un tableau d’Otto Dix, et en dit aussi long sur notre propre société.

Un mot encore sur la mise en scène, et c’est à dessein que l’on termine par celle-ci, car on ne sait s’il faut parler de semi-réussite ou de demi-échec pour Krzysztof Warlikowski, capable du meilleur ("Lulu") comme du pire ("Don Giovanni"). Si le premier tableau vogue sans surprise sur la case prison, si le dernier tableau émeut en s’achevant sur une note d’espoir, l’acte central, lui, suscitera les débats les plus passionnés entre les aficionados du Polonais et ses détracteurs. Au cœur de l’action, un spectacle théâtral monté par les prisonniers, acteurs de skectches et de pantomimes sur leurs crimes passés.

Cet acte offre à Warlikowski un terreau fertile à ses dérives trash, son orgie de détails visuels, son foisonnement d’idées et de poupées gonflables. Un grotesque assumé, qui rappelle l’expressionnisme déjanté d’un tableau d’Otto Dix et qui ne trahit pas l’esprit burlesque voulu par Janacek. Mais dont la traduction visuelle contemporaine en dit long sur notre propre société.

"De la maison des morts", de Janacek. Jusqu'au 17/11 à La Monnaie.

"De la Maison des Morts" - Interview de Krzysztof Warlikowski, metteur en scène


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