interview

Philippe Sireuil (Théâtre des Martyrs): "On nous a promis le printemps et il arrive à l’été!"

Philippe Sireuil, directeur du Théâtre des Martyrs. ©Droits réservés - Théâtre des Martyrs

Les théâtres rouvrent le mercredi 9 juin en jauges limitées. Nous avons demandé à Philippe Sireuil, directeur du Théâtre des Martyrs, s’il s’en réjouit.

Philippe Sireuil, quel est votre sentiment à quelques jours de la réouverture des salles de spectacles?

Je suis partagé entre deux émotions. Je ne peux pas m’empêcher de penser que cette réouverture vient trop tard, comme un emplâtre sur une jambe de bois. On nous a promis le printemps depuis des mois et il arrive quasiment à l’été! Il serait fallacieux de se réjouir trop rapidement dans ce contexte. Concrètement, l’ensemble des théâtres ont continué à travailler depuis le 24 octobre, aussi bien à la production qu’à l’accompagnement, mais nous sommes aujourd’hui dans l’obligation de reprogrammer des spectacles jusqu’à décembre 2022! Bien sûr, au-delà de cette vision pessimiste, il est agréable de pouvoir faire enfin le métier qui est le nôtre.

Que pensez-vous des événements-tests culturels en cours de réalisation en Fédération Wallonie-Bruxelles?

Le principe même de ces tests est intéressant, mais ils ont été largement instrumentalisés pour laisser croire que les autorités se préoccupaient du sort des opérateurs culturels en nous laissant la tête à peine dépasser de l’eau! Dès octobre, on avait démontré que la totalité des opérateurs culturels responsables de salles savaient comment faire pour accueillir leurs publics sans risque, puisqu’aucun cluster n’a été révélé dans la culture! Que les tests aient lieu, c’est très bien mais c’est trop tard! Cela ne fait que confirmer ce que la totalité d’une profession martèle depuis des mois. Notre secteur n’a pas échappé à cette tentative d’infantilisation de la population, qui dénote un regard sur le monde artistique toujours un peu spécieux, comme si nous étions de joyeux hurluberlus, avec tout le vocabulaire qui tourne autour. Et puis j’aimerais comprendre pourquoi on teste les lieux culturels et pas les magasins? Pourquoi pas City 2 et d’autres centres commerciaux importants?

"Le principe même des événements-tests est intéressant, mais ils ont été largement instrumentalisés pour laisser croire que les autorités se préoccupaient du sort des opérateurs culturels en nous laissant la tête à peine dépasser de l’eau!"
Philippe Sireuil
Directeur du Théâtre des Martyrs

Quel regard portez-vous sur la mobilisation du secteur des arts vivants, qui s’est fédéré depuis le début de la pandémie?

La profession a gagné en maturité. Des initiatives comme «Still Standing for Culture» ont permis de montrer que le problème englobait toutes les professions de l’événementiel et qu’il y avait une réelle capacité à l’objection. Quant aux occupations qui ont été faites au National et à La Monnaie, je n’ai pas d’avis tranché. C’était un geste symbolique très fort mais qui venait un peu tard, que j’ai perçu avant tout comme un cri de détresse plutôt que de révolte de la part de personnes très généreuses qui auraient pu se mobiliser plus tôt…

Concrètement, je ne sais pas ce que ça nous a apporté, mais je sais qu’en coulisses, les fédérations professionnelles ont tenu un nombre incalculable de négociations, avec une grande écoute entre elles et une prise en compte des problèmes de tous qui fut très salutaire, quelle que soit la logique économique des opérateurs concernés. Aujourd’hui, les relations entre nous sont plus apaisées: la bienveillance est bien plus évidente qu’avant la crise.

À voir au Théâtre des Martyrs

«Quand tu es revenu»
De et avec Geneviève Damas, qui met en scène avec Guillemette Laurent.

Du 9 au 27 juin, à Bruxelles: theatre-martyrs.be

Variation ludique pour deux acteurs entre réel et fiction, mythologie et fait divers, cette mise en scène de Guillemette Laurent sur un texte de Geneviève Damas interroge le couple et la façon d’être au monde à deux. L’histoire d’aventuriers qui, comme Ulysse, ont fait un long voyage et, après avoir arpenté le monde, aspirent à regagner leur foyer. Celle d’héroïnes qui, après avoir expérimenté la liberté et roulé leur bosse, peinent à retrouver l’homme aimé et à partager le pouvoir et les rêves. Un dialogue jubilatoire et explosif sur le couple, ses étranges variations et ajustements, porté par Geneviève Damas et Jan Hammenecker.

Teaser QUAND TU ES REVENU

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