Retrouver le goût des petites choses

©Michel_Boermans

Monté dans une unité de temps et de lieu, la pièce resemble à une tragédie grecque avec ses longs monologues, ses envolées, mais aussi la passion qui transperce par tous les pores des personnages.

Les vieux parents sont décédés. Au cœur d’un petit village de montagne, ils ont laissé la propriété familiale aux bons soins de leurs enfants, deux fils et une fille. Hormis l’aîné, Gregor, l’écrivain, qui s’est établi depuis de nombreuses années en ville, les deux autres sont restés, y ont fait leur vie. Une vie étriquée et peu valorisante… du moins, aux yeux de leur frère, le fier intellectuel. Entre le citadin et les campagnards, le fossé est immense, les liens évaporés depuis belle lurette, si tant est qu’ils aient jamais réellement existé. Les vécus, les perceptions et les aspirations sont trop différents. Un monde affronte l’autre, le nouveau contre l’ancien. Inévitablement, les incompréhensions et les conflits autour de l’héritage jaillissent et font ressurgir les fractures du passé. Frères et sœur sont-ils irréconciliables ?

" Par les villages " exige écoute et contemplation, un certain lâcher-prise également.

" Über die Dörfer " est le titre original de cette pièce du poète et cinéaste autrichien Peter Handke, considéré comme l’un des principaux écrivains contemporains de langue allemande. Cette fable au canevas de prime abord simpliste se veut un éloge poétique à la vie réelle, celle à laquelle on ne prête que trop rarement et fugacement attention. Sous ce prisme familial plutôt banal dans la littérature, l’auteur souhaitait révéler le drame inhérent à tous conflits existants. Selon le metteur en scène de cette version présentée au Théâtre Océan Nord, Jean-Baptiste Delcourt " c’est un voyage personnel et spirituel auquel le spectateur est intimement convié".

Fresque poétique

©Michel_Boermans

Monté dans une unité de temps et de lieu, " Par les villages " ressemble à une tragédie grecque avec ses longs monologues, ses envolées, mais aussi la passion qui transperce par tous les pores des personnages. Avant tout grande fresque poétique, la pièce offre une place de choix aux mots. Ici, chacun compte, chacun est martelé avec conviction et se confronte avec les mots de l’autre. On est peu habitué à autant de texte et cela pourrait effrayer le quidam. Mais rien à craindre, c’est un poème et le spectateur se laisse emporter par la ferveur des mots sans s’en rendre compte. Le langage n’est pas simple, certes, mais il peut cibler tout le monde. " Par les villages " exige écoute et contemplation, un certain lâcher-prise également. On laisse alors facilement le pouvoir aux acteurs pour nous emmener dans ce texte qu’ils nous adressent directement la plupart du temps, au milieu d’un décor à la fois réaliste et qui d’un seul mot – justement – peut devenir complètement fantasmagorique.

La comédienne Angèle Baux s’est enveloppée dans le bleu de travail d’un personnage masculin, le frère ouvrier de Gregor. Puissante, fervente, elle transmet une colère, mais aussi un amour qui percutent tout le spectacle, tandis que Taïla Onraedt (Nova) sert de douce et sage pythie qui assène des vérités perdues ou oubliées et nous rappelle d’être et d’aimer, de ne pas oublier de vivre… simplement, avant qu’il ne soit trop tard.

"Par les villages", de Peter Handke Mise en scène de Jean-Baptiste Delcourt. Jusqu’au 29 avril au Théâtre Océan Nord.

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