Rosas continue à danser Rosas

©doc

"Bartók/Beethoven/ Schönberg", trois pièces anciennes du répertoire de Rosas, la compagnie d’Anne Teresa De Keersmaeker, sont reprises au Kaai, en collaboration avec La Monnaie.

Elle vient de créer "Somnia" avec sa sœur, Jolente De Keersmaeker, et 35 jeunes danseurs de P.A.R.T.S., son école bruxelloise: 3h30 de déambulation dans le parc du Château de Gaasbeek le temps d’un "Songe d’une nuit d’été" revisité… Remontant à présent le temps, Anne Teresa De Keersmaeker plonge dans les racines de son travail chorégraphique et démontre, avec "Bartók/Beethoven/Schönberg", que la danse s’inscrit toujours organiquement dans l’ici et maintenant…

La reprise de ces trois chorégraphies coïncide avec tout un travail entrepris par Rosas sur ses propres archives…

ATDK: Je ne parlerais pas de "retour", ce serait contradictoire avec la contemporanéité inhérente à la danse, soit l’incarnation d’une chorégraphie, ici et maintenant, sur une scène. Chacune de ces trois pièces constituait déjà précédemment le noyau d’autres soirées, elles-mêmes "composées". C’est en les isolant de leur contexte premier et en les ré-assemblant sous forme d’une soirée de répertoire, qu’est né le projet d’y associer la musique live. Mais ce ne fut pas pour autant la dernière étape… Ces chorégraphies semblaient continuer à réclamer de nouveaux traitements et en appelaient à une réécriture. Mais dans l’ensemble, ce spectacle a un statut unique, très différent d’autres reprises de répertoire comme "Rosas danst Rosas" ou "Rain".

Est-ce l’amorce d’une réflexion sur l’histoire de votre propre travail?

Vous savez, cette réflexion sur le "répertoire" a commencé en réalité dès la création de "Rosas danst Rosas"! Car dès le deuxième spectacle, on se pose la question de ce que l’on va faire du premier: on commence déjà à penser l’ensemble. Le fait de renoncer à rejouer certaines pièces tient avant tout à des considérations pragmatiques, financières et organisationnelles.

Il y a aussi le fait que les générations de danseurs se suivent très rapidement et qu’il ne leur est pas toujours possible de danser le même rôle durant plusieurs décennies?

Je crois pouvoir dire que Rosas occupe un statut à part. Dans les grandes compagnies de ballet, un danseur est généralement obligé de céder sa place à quelqu’un de la jeune génération dès qu’il a atteint le plafond des 40 ans. La collaboration au sein de Rosas de danseurs de différentes tranches d’âge, que ce soit pour une reprise ou pour une création, fait partie de nos engagements.

"Je suis une fervente défenseuse de l’idée que des générations différentes peuvent s’apprendre mille choses les unes aux autres."
Anne Teresa De Keersmaeker
Danseuse et Chorégraphe

Je suis une fervente défenseuse de l’idée que des générations différentes peuvent s’apprendre mille choses les unes aux autres. Bien sûr, certaines pièces de répertoire sont à ce point liées au corps et à l’énergie des jeunes gens qu’à un moment donné, il devient physiquement impossible de continuer à les interpréter avec la même distribution. Mais cela ne constitue pas une loi pour autant et, dans notre pratique, nous devons nous efforcer de faire de la danse une expérience partagée par des danseurs ayant toutes sortes d’origines et de parcours différents.

Rosas, Ictus & Brussels Phil., du 19 au 27/6: kaaitheater.be


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