chronique

Sony Labou Tansi, visionnaire engagé

Étienne Minoungou rend hommage à un écrivain, poète, homme de théâtre et penseur africain qui, jusqu’au bout, a voulu croire en l’humanité.

Commençons par la fin, commençons par dire qui parle: Sony Labou Tansi est un homme de "mots" congolais, l’autre Congo, celui de l’autre côté du fleuve, celui de Brazza… Mais peu importe. Celui qui parle est un prêcheur souriant, un homme à la pensée débonnaire mais lucide, à la vision poétique imagée, utopiste, scandée par des formules comme "la beauté de l’inutilité écrase la laideur de la raison".

"Au terrorisme technologique et chirurgical, les opprimés opposeront une terreur primitive."
Sony Labou Tansi
Auteur

Un penseur carpe diem qui refuse "que demain soit mort et qu’aujourd’hui soit son cercueil". Ce rhéteur au discours souvent fleuri qui rejette le panafricanisme, en appelle à tous les frères humains à vivre plutôt que de subir, à rêver et ne pas manquer d’imagination, à se révolter sans haine, mais pas sans exigences. Un prophète aussi se montrant visionnaire: aux catastrophes écologiques à venir, il ajoute celles infligées au tiers monde au nom d’un progrès, aux cultures locales par une volonté de puissance. Sony Labou Tansi dénonce déjà posément et sans vindicte une société occidentale minée par la peur ("un peuple qui a peur est capable du pire").

©Gregory Navarra

Pour énoncer ce discours, cette conférence fascinante qui prédit qu’"au terrorisme technologique et chirurgical, les opprimés opposeront une terreur primitive", Étienne Minoungou offre sa présence imposante et son visage avenant pour dire les mots terriblement actuels de ce prédicateur "révolté", paradoxalement positif et bienveillant dans sa poésie sombre, mais qui continue de croire en l’homme "qu’il ne faut pas bâcler". L’acteur s’y emploie depuis un plateau délabré comme Kinshasa.

Théâtre

"Si nous voulons vivre"

Note: 3/5

De Sony Labou Tansi, mise en scène Patrick Janvier.

Avec Étienne Minoungou, Pietro Vaiana et Simon Winsé.

Pour faciliter la digestion de cette parole aussi riche d’enseignements que le sol congolais ne l’est de richesses naturelles, Minoungou s’accompagne en musique de la kora, de l’arc à bouche, du ngoni et du chant magnifique de Simon Winsé et du saxo habité de Pietro Vaiana. Le comédien burkinabé, chante, danse, dialogue, interpelle, interroge, prend à témoin le public au milieu duquel il vient même s’asseoir pour mieux le faire communier avec cette parole.

Jusqu’au 4 février au Théâtre Le Public à Bruxelles, 0800 944 44, theatrelepublic.be.

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