Stromae en Amérique

©AFP

Stromae fait ses débuts aux États-Unis lors d’un concert à guichets fermés. Tous les tickets ont été vendus depuis longtemps. "Ici, nous n’avons pas d’artistes aussi sophistiqués."

Toutes les entrées sur le marché américain se font via la télévision, et il n’en sera pas autrement pour Paul "Stromae" Van Haver. Lundi soir, notre frêle compatriote était l’invité de "Late Night With Seth Meyers", un talk-show de NBC. Il fut présenté à plus d’un million et demi de téléspectateurs américains comme "un phénomène mondial de danse et de hip hop venant de Belgique, et dont le premier single s’est retrouvé en tête des classements dans seize pays". Stromae n’a pas chanté son hit mondial de 2009 "Alors on danse", mais son plus récent single "Papaoutai", qui, dans la bouche de Meyers sonnait plutôt comme "Papa Ootay".

Dans l’entourage de Stromae, il se murmure que les producteurs du talk-show sont venus frapper à la porte du talentueux Bruxellois il y a déjà plusieurs mois. Le timing n’est en tout cas pas un hasard, à quelques jours de son premier grand concert américain, vendredi soir, au Best Buy Theater de Manhattan, une salle de concert proche de Times Square pouvant accueillir 2.100 personnes. Le concert était "sold out" depuis plusieurs semaines, et sur le marché de seconde main les prix pouvaient monter jusqu’à 300 dollars.

"Il a vraiment tout"

Après son méga succès européen, Stromae débarque donc aux États-Unis (ainsi qu’au Canada, car cette semaine, il s’est aussi produit à deux reprises au Centre Bell à Montréal) par la grande porte. À l’automne suivra une longue tournée dans pas moins de 14 villes du continent, dont un deuxième concert à New York, suite à la forte demande. "

Stromae est tout simplement un artiste très intrigant, estime le critique musical Tim Lowery. Et complexe aussi, à cause de sa dance music, et ses thèmes tristes. Tellement sophistiqué, tellement courageux: nous n’avons pas ce genre d’artiste ici aux États-Unis."

Tim Lowery est journaliste à l’hebdomadaire populaire Time Out New York, un magazine qui répertorie chaque semaine les événements culturels et culinaires incontournables à New York. Début mai, la photo de notre compatriote s’est retrouvée en couverture, avec la question: "Who the hell is Stromae?". "Notre rédacteur en chef est tombé sous le charme et a voulu construire tout un numéro autour de sa personnalité. Je suis ensuite allé creuser dans son travail. J’ai été complètement bluffé par son style dans ses vidéos, par son charisme, son élégance. Il a vraiment tout. Le concert de cette semaine était l’occasion parfaite pour le présenter au public new-yorkais."

La célèbre couverture de Time Out, où Stromae tout comme dans la vidéo "Tous les mêmes" apparaît avec un visage moitié homme, moitié femme, décore désormais les rues de New York, en tant qu’affiche pour son premier concert. D’autres médias qui vont du très sérieux NPR au blog de commérages Perez Hilton ont depuis lors publié des articles sur "the biggest star you haven’t heard of" et font suivre le chiffre des millions de vues qu’il a obtenues sur YouTube de nombreux points d’exclamation. Il y a quelque temps, le New York Times, via son correspondant à Paris, décrivait Stromae comme la voix mélancolique "beat" de l’état d’esprit européen. Dans les grands médias musicaux, genre Rolling Stone ou Pitchfork, c’est le silence. "Je pense qu’ils ont raté le lancement de son album Racine Carrée, mais il est plus que probable qu’ils s’empareront du sujet bientôt", prédit la journaliste Sarah Grant. Elle a longuement interviewé Stromae pour Vice. "Je l’ai connu en France et j’ai pensé: ‘This is huge!’ Je voulais absolument publier un article sur lui aux États-Unis."

Un beau potentiel aux USA

Sarah Grant et d’autres spécialistes voient pour l’artiste belge beaucoup de potentiel de l’autre côté de l’Atlantique. "Il a une personnalité qui agit sur les fans comme une force gravitationnelle. Et sa musique est tellement contagieuse et mélodieuse." Aux États-Unis, le style transcendant de Stromae semble s’inscrire dans le courant de l’hyper populaire EDM (Electronic Dance Music). "Les jeunes écoutent du beat. Mais Stromae n’est pas Skrillex et encore moins Armin van Buuren. Il a des textes. Ils sont magnifiques et originaux, et ils ne tournent pas autour du thème ‘life is fun’. Au contraire. C’est ce qui le rend unique."

Et la barrière de la langue? Lundi soir, cette question était d’actualité lors de la rencontre de Stromae avec l’humoriste Seth Meyers: sa prestation était sous-titrée. Dans une interview avec la radio NPR, Stromae a dit un jour: "Je veux aller aux États-Unis et continuer à chanter en français. C’est mon grand espoir d’être écouté par des gens qui ne parlent pas français. Il s’agit plus d’émotions que de langue. Chaque langue apporte quelque chose de différent, une autre vision du monde." D’après Sarah Grant, cela reste extrêmement difficile de percer aux États-Unis si on n’est pas anglophone. "Par exemple, le phénomène Psy sur YouTube est une exception. Mais cela rend le succès rapide de Stromae d’autant plus remarquable."

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