chronique

Sur la route, en quête d'identité(s)

Seul en scène, Roda Fawaz nous embarque dans un voyage à tombeau ouvert à la recherche de ses racines multiples et, au-delà, de nos identités qui sont la somme d’une vie.

D’origine libanaise, il est né au Maroc mais n’est pas Marocain. à sa naissance, sa mère vivait en Guinée mais il n’est pas Guinéen. On lui a donné comme prénom Mohammed, la chance de sa vie. Il n’a de contacts avec son père, toujours en voyage d’affaires, que par téléphone et son paternel ne s’exprime que par ellipses (genre: "quand le bébé kangourou quitte la poche de sa mère, que met la mère dans sa poche?"). À six ans, il débarque en Belgique où il découvre le silence, l’eau chaude, le pull, le KW et la question "qui suis-je?". Ah oui, j’oubliais, pour ne rien arranger, il est aussi daltonien.

©Theatre de Poche

Un pedigree aussi complexe ne peut produire qu’un homme du monde et vide de sens la notion même d’identité. Inspiré par "Les identités meurtrières" d’Amin Maalouf, Roda Fawaz nous embarque dans un "road-trip" à la recherche de son identité, ou plutôt de ses identités tant elles sont multiples, changeantes au gré des âges, des pays traversés, des rencontres. De ses souvenirs d’enfance aux difficultés à fuir les clichés dans son parcours de comédien ("Tous les personnages arabes s’appellent Rachid, c’est comme ça!") en passant par les années adolescentes où les Arabes s’affublent de prénoms italiens pour pouvoir entrer dans les boîtes de nuit, Roda part à la rencontre de lui-même, affrontant les préjugés des autres mais aussi les siens. Son identité court vite et le rattrape toujours.

Un pedigree aussi complexe vide de sens la notion même d’identité.

Sacré Meilleure Découverte par les Prix de la Critique l’an dernier – Roda avait fait montre, lors de la cérémonie de reprise des prix, de l’étendue de son talent d’improvisateur et de showman –, "On the road… A" est un seul en scène soufflant, sans temps mort, bourré d’énergie, de poésie et d’humour au service d’un propos tout en nuances qui évite les clichés et le misérabilisme. Entouré des regards amicaux d’Eric De Staercke et Angelo Bison, Roda Fawaz jongle avec une vingtaine de personnages, à commencer par la mère et le père, copains de classe ou de virée, professeur de religion islamique et tyrannique ou amoureuse française. Un moment éminemment jubilatoire, à voir et à partager.

Jusqu’au 28 janvier au Théâtre de Poche à Bruxelles puis dans différents centres culturels à Bruxelles et en Wallonie, lieux et dates sur www.poche.be.

"On the road… A" | De et par Roda Fawaz, Mise en scène d’Eric De Staercke

 

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