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Théâtre, danse et musique à Namur

Zenel Laci dans son propre rôle dans cette nouvelle version de la pièce à succès "Fritland". ©DEBBY TERMONIA

La nouvelle directrice du Théâtre de Namur lance un festival de plein air pour prolonger l’été et se retrouver.

Le 30 juin dernier, Virginie Demilier prenait les rênes du Théâtre de Namur et des Abattoirs de Bomel à la suite de Patrick Colpé, après douze ans passés à la tête de la compagnie Artara: elle signe aujourd’hui sa première programmation namuroise avec le festival "Doux mois d’août", qui brasse des propositions artistiques variées pour permettre aux publics et aux artistes de se retrouver après une année blanche et une saison de reports sur le point de commencer. Dix jours de matinées composées et de soirées combinées pour passer un moment ensemble et vivre une expérience dans un environnement agréable: "Nous avons voulu créer des moments particuliers, qui sortent du cadre de la saison, pour se retrouver de manière plus intime", explique Virginie Demilier.

"Croiser les publics est un travail au long cours. La rencontre doit commencer par se faire sur scène."
Virginie Demilier
Directrice du Théâtre de Namur et des Abattoirs de Bomel

Ces doubles propositions, pensées pour partager des histoires dans une ambiance conviviale, le plus souvent en plein air, la nouvelle directrice les a choisies en préparation des prochaines saisons, invitant des artistes avec qui elle souhaite travailler à l’avenir: c’est le cas de la poétesse et slameuse Joëlle Sambi, du comédien Mohamed El Khatib ou de la metteuse en scène Julie Berès. "Il y a beaucoup de nouveaux noms et pas mal de découvertes à faire, c’est aussi un challenge pour le public", reconnaît Virginie Demilier.

Œuvrer à la mixité des publics

Pour elle, ce festival est une manière de préfigurer la suite en testant des choses, notamment en créant des liens physiques entre le théâtre et le Centre culturel de Bomel, comme cette matinée familiale où un concert déambulatoire pour tous à partir de six ans permettra de partir des Abattoirs pour se balader dans la ville et finalement arriver dans la cour du théâtre, où se déroulera la seconde proposition de la matinée. Un moment symboliquement important pour celle qui souhaite œuvrer à la mixité des publics dans les deux lieux dont elle a la responsabilité: "Croiser les publics est un travail au long cours. La rencontre doit commencer par se faire sur scène, avant d’avoir lieu dans la salle; c’est en programmant des propositions artistiques qui possèdent intrinsèquement cette mixité qu’on y parviendra vraiment. Pendant ces dix jours de festival, certaines soirées permettront ce croisement, comme le récital poétique de Joëlle Sambi couplé au spectacle de Mohamed El Khatib. C’est aussi une façon de dire que ce festival s’adresse à tous et toutes, de trouver une ligne, un ton, avec quand même des profils de publics différents."

Audacieux et foisonnant, Doux mois d’août promet ainsi d’incarner une palette artistique cohérente, large et étoffée.

D’autres initiatives permettront de mettre en musique ces endroits d’intersection entre le théâtre et le centre culturel, comme l’atelier de création sonore mené par Joëlle Sambi et Nicolas Pommier autour des "géographies empêchées", qui offrira aux participants la possibilité de se rendre dans des quartiers de la ville où ils ne vont jamais et d’écrire autour de cette expérience, puis de slamer leurs textes sur scène juste avant que le Détours Festival n’y lance sa battle de danse de rue.

Audacieux et foisonnant, Doux mois d’août promet ainsi d’incarner une palette artistique cohérente, large et étoffée, avec une identité par soirée, comme l’invention d’un "jeudredi" urbain et déjanté, moment de sortie où découvrir aussi bien "Désobéir" de Julie Bérès que le jeune groupe électro Tukan, lauréat du Concours Circuit et coup de cœur du Centre culturel de Namur. Sans oublier les quatre jours où la programmation d’un autre festival soutenu par le Théâtre de Namur vient lui aussi s’inscrire dans l’aventure: l’Intime Festival!

"Fritland" bouleverse toujours

Après son grand succès critique et public à sa création au Poche en 2019, "Fritland" débarque à Namur dans une nouvelle version testée ce printemps. Mis en scène par Denis Laujol, Zenel Laci y raconte sans honte ni fausse pudeur son passé de fritier et son parcours du combattant pour s’en sortir…

"Fritland", c’est d’abord le nom du commerce familial, une baraque à frites née dans les années 70 quand la famille Laci débarque à Bruxelles avec du rêve américain plein la tête. D’origine albanaise, le père achète un local derrière la Bourse et met au travail ses six enfants. Sous les ordres de ce patriarche autoritaire, Zenel va y bosser quatorze heures par jour, quittant l’école très jeune. Frites, cornets, fricandelles, sauce andalouse: voilà désormais l’univers de ce jeune homme qui aspire pourtant à d’autres horizons…

Alors il s’évade comme il peut grâce au temps volé sur ses heures pour lire Jules Verne et Edgar Allan Poe d’abord, Rimbaud, Sartre et Merleau-Ponty ensuite. Un jour, il jette une bouteille à la mer: il emballe les frites d’un client avec l’un de ses poèmes. "Le seul papier que j’avais sous la main, c’était le papier d’emballage, alors j’ai mis la poésie autour du cornet. Le client est revenu. Il trouvait mon texte magnifique." Bien des années plus tard, à trente ans, le jeune fritier décide de claquer la porte derrière lui et s’en va faire des études… C’est le début d’une nouvelle vie!

Cette histoire, Zenel Laci l’incarne sur scène grâce à la complicité du metteur en scène Denis Laujol: "C’est dans l’oralité qu’on a trouvé le croustillant. Le théâtre s’est installé et, peu à peu, Denis m’a fait monter sur le plateau."

Intime et précieux

Il y livre une parole vraie, qui passe par le récit de ses rencontres noctambules et le portrait de la communauté albanaise de Belgique: "Je voulais écrire sur la friterie depuis des années mais je ne savais pas de quelle manière. Quand je racontais mes anecdotes, tout le monde rigolait ou était horrifié. Moi, je ne voulais pas exclusivement faire rire. Alors j’ai commencé par une galerie de portraits, où le rôle du fritier était juste un prétexte pour faire défiler les clients." C’est comme ça que tout a commencé: Olivier Blin, directeur du Théâtre de Poche, a découvert le texte lu par son auteur et insisté pour que celui-ci réécrive l’histoire de son point de vue: "Il m’a proposé de monter la pièce à la condition que je joue mon propre rôle. Pour nouer un autre type de rapport avec le public." Car le récit de Zenel Laci est intime et précieux… et, n’étant pas comédien, monter sur les planches est pour lui, chaque soir, un défi – largement partagé avec le public, suspendu à ses lèvres du début à la fin!

Festival Doux mois d’août, du 21 août au 5 septembre, au Théâtre de Namur et aux Abattoirs de Bomel à Namur. Plus d’infos sur theatredenamur.be.

Intime Festival, du 26 au 29 août, Plus d’infos sur intime-festival.be.

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