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Théâtre: Refus d'obtempérer avec "Deux flics au vestiaire"

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Dans "Deux flics au vestiaire", Rémi De Vos aborde sans mettre de gants deux formes de violence: conjugale et policière.

Un vestiaire, c'est un entre-deux. On n'y reste pas. C'est l'endroit où l'on change de peau, où l'on devient quelqu'un d’autre. Où on laisse ses problèmes familiaux ou de couple dans un casier pour revêtir une autre fonction. Cette mue est aussi un moment où l'on parle, où l'on se confie. Dominique et Gilles sont flics. Quand Dominique (Thierry Hellin) se change, il plie ses vêtements avec un soin quasi militaire. Alors que Gilles (Vincent Minne) les jette dans son casier. C'est un signe. Gilles voudrait parler du match de foot de la veille, mais Dominique ne l'a pas vu, il a passé une nouvelle soirée à s'engueuler avec sa femme. Son couple bat de l'aile, il la soupçonne d'avoir une liaison. Comme elle s'est inscrite à un cours de danse africaine, il la suspecte de coucher avec un "noir". Et il n'aime pas ça. Il confie à Gilles qu'à un moment, il a même voulu la tuer. Gilles croit que ce sont des mots que Dominique jette en l'air. Mais Dominique semble sérieux.

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Forces de l'ordre ou gardiens de la paix?

Rémi De Vos ne condamne pas la police, il condamne une certaine police.

Rémi De Vos n'a pas sa langue dans sa poche quand il s'agit de parler des sujets qui fâchent. Il l'a prouvé avec "Occident" ou "Botala Mindele". Son écriture ne prend pas de gants. Les mots sont durs, secs, sans ambages. Entre les deux protagonistes de "Deux flics au vestiaire", la discussion ressemble à une partie de ping-pong. Les phrases, courtes, tombent comme on rend un verdict. De vie ou de mort. Son écriture expose des faits. Ici, ils sont clairs: il est question de racisme et de violence. Conjugales et policières. Le récit s'enfonce et convoque des images mentales dans l'esprit du spectateur. Des photos de femmes qui sourient à l'objectif et dont la vie s'est terminée sous les coups d'un mari ou d'un compagnon. Des photos ou des vidéos de manifestations durement réprimées par les policiers. La voix de Georges Floyd en train d'étouffer sous le genou de Derek Chauvin. Les cris à l'aide de tous les Georges Floyd. On n'est plus dans la fiction, la pièce qui se joue devant nous s'ancre dans une réalité que la presse nous rappelle au quotidien. Rémi De Vos ne condamne pas la police, il condamne une certaine police. Celle qui a choisi d'être plutôt "force de l'ordre" que "gardienne de la paix". Les mots font toute la différence.

Culture de la masculinité

Thierry Hellin ne joue pas le "sale flic" et Vincent Minne le "gentil". C'est plus compliqué que ça.

Magali Pinglaut met en scène "Deux flics au vestiaire" sur le fil du rasoir. Un pas de côté, une faute de goût et les mots des personnages tombent du mauvais côté. Car le texte de De Vos est truffé de pièges, de second degré, d'endroits qui peuvent provoquer des clivages. Ces écueils, elle les a évités. L'humour qui se glisse dans les répliques n'est jamais mal placé ou choquant. Dès les premières minutes de la pièce, on sait à qui on a affaire. Sa direction d'acteurs se glisse dans des détails qui font sens et le regard qu'elle porte sur cette culture de la masculinité qui fabrique des hommes violents est pertinent. Une culture qui vient, entre autres, des modèles dont on gave les garçons dès le plus jeune âge. Dans une séquence muette de la pièce, on voit comment le cinéma nous impose les gestes que les gamins reproduisent dans les cours de récréation. "Pan, t'es mort", le pouce et l'index en angle droit, figurant un flingue.

Ce que cette pièce a à nous dire tient en une heure. Il n'en faut pas plus. Thierry Hellin ne joue pas le "sale flic" et Vincent Minne le "gentil". C'est plus compliqué que ça. Ils incarnent des hommes qui ont deux manières différentes de répondre aux stéréotypes.

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Deux flics au vestiaire **** de Rémi De Vos au Théâtre de Poche jusqu’au 25 mars, www.poche.be

Théâtre

"Deux flics au vestiaire"

De Rémi De Vos.

Au Théâtre de Poche jusqu’au 25 mars.

Théâtre de Poche

Note de L'Echo:

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