Publicité
Publicité

Tout l'amour du monde

©Serge Gutwirth

Sur scène, Hannah Arendt réunit ses amis d’exil pour faire naître une pensée vivante et libre où l’horreur n’aurait plus sa place.

Jusqu’au 19 septembre, le Théâtre Océan Nord nous invite dans le salon d’une des plus grandes intellectuelles du XXe siècle, Hanna Arendt. "Amor Mundi", coécrit et mis en scène par Myriam Saduis, se déroule en 1951, aux États-Unis. Hanna Arendt danse, silencieuse et sensuelle. Heureuse., elle attend ses amis. Ensemble, ils vont fêter la publication de son essai "Les Origines du Totalitarisme". Celle qui refusait d’être traitée de philosophe, cette jeune femme juive allemande élève d’Heidegger, sait de quoi elle parle. La dictature de l’idéologie, Hanna et ses amis l’ont subie de près et l’on fuit jusqu’aux États-Unis. Tribu d’apatrides, ils ont tout perdu et tout à reconstruire. Ils se réunissent ce soir, ivres d’amour et d’amitié. Cette nuit, ils vont boire, danser et chanter, évoquer les horreurs de leur époque, insuffler de l’espoir pour ce qui peut advenir, affronter ce qui est advenu par l’essor de leur pensée commune tout en parcourant la grande histoire de l’héroïsme intellectuel.

Les héros du passé

Six acteurs se partagent la scène. Outre le personnage principal d’Hannah Arendt, on retrouve son mari, Heinrich Blücher, philosophe, mais aussi Hans Jonas, ancien condisciple élève d’Heidegger et sa femme, Lore Weiner. Robert Gilbert, musicien et metteur en scène communiste, et Mary MacCarthy, critique littéraire américaine, complètent ce tableau.

Si "Amor Mundi" aborde des questions philosophiques et de théorie politique, tant s’en faut qu’il s’agisse d’un cours magistral inaccessible. Flamboyants et drôles, les personnages voguent entre vie et rêverie, déclament le verre à la main, accèdent à la pensée par des actes absolument burlesques. Parmi eux surgissent des héros anciens de la pensée tels que Platon, Homère, Thucydide et Hérodote, plus contemporains avec Heidegger et Walter Benjamin. Les auteurs Schiller et Shakespeare sont eux aussi de la partie, sans oublier un onirique Ange de l’histoire. Les vivants, les survivants, l’ange et les morts se donnent la réplique en cette nuit de tumulte où ce groupe d’exilés cherche la voie d’un futur heureux pour l’humanité par l’action d’une pensée libérée et responsable.

Myriam Saduis et son coauteur, Valérie Battaglia, réussissent le pari de proposer un "conte" émouvant et flamboyant de philosophie et d’histoire, d’amitié aussi. "Nous sommes tombés dans un trou" dit Hannah. Il s’agira d’en sortir d’ici la fin de la pièce…

"Amor Mundi", au Théâtre Océan Nord, jusqu’au 19 septembre. 63/65 rue Vandeweyer à 1030 Bruxelles. 02 242 96 89 www.oceannord.org

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés