Un homme si simple

Avec les années, Angelo Bison s'est éloigné du théâtre de répertoire et a choisi la liberté en allant vers le contemporain. ©Olivier Donnet

Avec "Da Solo", Angelo Bison porte à la scène un récit de l’autrice belge Nicole Malinconi. Une création mondiale prévue cet été à Spa, dans une mise en scène de Lorent Wanson. Rencontre avec un immense acteur…

On le connaît pour son regard perçant, sa voix ensorceleuse, son talent de conteur d’histoires… Sur scène, il a multiplié les rôles, porté de grands textes contemporains, brillé dans l’art du seul en scène, ce moment délicat entre tous où l’on est seul face au public… On ne présente plus Angelo Bison, Premier prix du Conservatoire Royal de Bruxelles en art dramatique, prix de la Critique du Meilleur seul en scène 2016, Prix du Jury Presse Internationale pour la meilleure interprétation masculine à Paris, pour son rôle magistral de tueur d’enfants dans la série belge "Ennemi public", qui a connu un succès retentissant dans 50 pays. Son dernier projet porté à la scène? "Un homme si simple" d’André Baillon: "Un auteur qu’on n’enseigne malheureusement plus dans les écoles", se désole le comédien, né à Morlanwelz en 1963. Car c’est le texte qui enthousiasme Angelo Bison avant tout: le désir d’un texte, de Paul Pourveur à Ascanio Celestini en passant par Stefano Massini et Louis Althusser.

"J’ai beaucoup d’amour pour l’immigration, ce sont mes racines, mon père était immigré, venu en Belgique pour travailler dans les mines, mais parfois je trouve qu’on en fait un produit, une machine à fric."
Angelo Bison
Acteur belge

Cet été, il sera à Spa, en plein air, au Parc de Sept Heures, avec une création mondiale montée dans la joie, malgré le confinement. À l’origine de ce nouveau seul en scène, un récit de Nicole Malinconi, "Da Solo", simple et poignant comme les aime Angelo Bison, écrit à partir de conversations entre Malinconi et son père, dans les dernières années de la vie de celui-ci. Un récit lancinant que l’autrice belge a présenté à l’acteur il y a déjà près de vingt ans… "Elle est venue me voir quand je jouais 'Fabbrica' au Rideau mais c’était trop tôt pour moi, de jouer cet homme, alors j’ai attendu, puis j’en ai fait une adaptation que je lui ai soumise. On s’est revus, j’ai contacté Lorent Wanson pour la mise en scène, on a trouvé des partenaires et le projet est né de ces rencontres, de ces amitiés de longue date", raconte Angelo Bison. "Da Solo", c’est l’histoire d’un garçon de neuf ans, dans la campagne toscane, un garçon dont le rêve est d’aller voir du pays et d’apprendre des langues étrangères. "J’ai beaucoup d’amour pour l’immigration, ce sont mes racines, mon père était immigré, venu en Belgique pour travailler dans les mines, mais parfois je trouve qu’on en fait un produit, une machine à fric. Ce qui m’a plu dans le texte de Nicole, c’est qu’il ne s’agit pas de ça, pas d’immigration économique, juste de la vie toute simple d’un homme qui regarde en arrière pour voir ce qu’il a fait de son rêve d’enfant."

Créer dans la joie

Spectacle

"Da Solo" (Joies #1)

Nicole Malinconi, Angelo Bison & Lorent Wanson

Royal Festival de Spa, Parc de Sept Heures, 8 et 9 août à 21h.

Théâtre Marni, Bruxelles, 15 et 16 septembre à 19h.

Pandémie oblige, cette nouvelle collaboration avec Lorent Wanson a commencé par des séances de répétition via la plateforme Zoom: une expérience nouvelle, qui a mené à un résultat intéressant, "magnifique" selon Bison, où l’on ne voyait que sa tête! Il a fallu ensuite intégrer le corps, revenir au plateau, retrouver le théâtre, lieu du vivant, avec la complicité de Joëlle Keppenne, directrice du Marni, et d’autres coproducteurs incontournables, appuis essentiels en temps de crise – le Royal Festival de Spa, le Centre culturel de Dinant, la Maison de la culture de Tournai, l’Espace Magh, le Logis Floréal, Central à La Louvière… "Je suis heureux de porter à la scène un texte d’une autrice belge: ça me plaît de montrer notre incroyable patrimoine, avec tant de femmes de talent. La mamma, c’est important dans la culture italienne. On a cette grande part féminine à l’intérieur de soi. C’est l’occasion pour moi de l’explorer davantage." Un texte que l’acteur compte bien aller jouer dans tous les patelins de Wallonie. Parce que le théâtre, c’est aussi la rencontre avec les gens: "Libérer des paroles, écouter des expériences de vie. C’est le théâtre que j’aime, et Lorent aussi."

"Je suis incapable d’écrire une phrase mais totalement fasciné par ceux qui y arrivent, ceux qui peuvent mettre sur papier ce qu’ils ont à l’intérieur. Je suis le serviteur de cette chose-là."
Angelo Bison
Acteur belge

Élève de Claude Étienne, entré au Conservatoire de Bruxelles en 1978, Angelo Bison a travaillé le théâtre de répertoire, Racine, Corneille, Claudel: "Je suis un passionné du texte pour une bonne raison", confie-t-il en riant, "c’est que je suis incapable d’écrire une phrase mais totalement fasciné par ceux qui y arrivent, ceux qui peuvent mettre sur papier ce qu’ils ont à l’intérieur. Je suis le serviteur de cette chose-là." Avec les années, il a choisi la liberté en allant vers le contemporain: "Après 40 ans de carrière, j’estime que j’y ai droit. Avec Lorent, on s’en fout si on n’a pas de quoi se payer, tant qu’on a la liberté et la joie de faire notre travail. C’est pas nouveau, la galère! Le bon côté des choses, c’est qu’on est obligés de faire de bons spectacles pour que ça marche!", plaisante-t-il face au manque de considération du gouvernement pour les arts et la culture. "Est-ce que notre pays nous aime? Non, ils s’en moquent! Je vois les jeunes ruer dans les brancards, et ils ont raison de se battre, mais moi j’ai une certaine lassitude par rapport à ça. On s’est battus, on a manifesté pendant des années, mais voilà, c’est comme ça, c’est une question d’amour pour la chose culturelle. De méconnaissance aussi. J’ai rarement vu un ministre de la Culture venir au spectacle!" Ce métier, Angelo Bison le choisirait à nouveau sans hésitation aucune! "Je n’en préfère aucun autre. J’ai vu des comédiens devenir aigris, désabusés, sur le tard. Je ne voudrais pas arriver à la fin en disant que le théâtre, c’est de la merde. Je préfère agir et montrer des chemins possibles."

Royal Festival: édition spéciale!

"Retrouvons-nous": tel est le mot d’ordre de cette année à Spa, où la première quinzaine d’août offrira au public l’occasion rêvée de renouer avec les arts vivants dans le respect des conditions sanitaires. Une scène et un gradin installés en extérieur dans le Parc de Sept Heures accueilleront plus de la moitié de la programmation (avec possibilité de repli au sec en cas de pluie). Les spectacles se déclineront également dans les rues et les parcs, avec comme point d’orgue un événement concocté par le Théâtre National "en balade", et un nouveau lieu s’ouvrira au public: "La Glacière".

Boys, boys, boys (10 et 11 août à 21h): une création collective interrogeant la masculinité sous toutes ses formes; un spectacle où la danse et le mouvement l’emportent sur la narration.

Sabordage (13 et 14 août à 20h30): après le franc succès de "Blockbuster", voici le dernier spectacle du Collectif Mensuel, qui pratique un théâtre festif, politique et populaire mêlant rock’n’roll, détournement d’images, théâtre et humour. L’histoire d’un îlot en Océanie qui coule à pic…

Crépuscule (14 août à 18h): un voyage sonore immersif et joyeux sous casque et en transat, signé Nicolas Buysse. Un hymne à la vie, à la famille, à la musique et à la fête… En transat, au rythme du vent, de la douce électro joyeuse, du piano et de la trompette, des voix et de leurs échos.

Laïka (15 août à 21h): après "Discours à la nation", le génial duo Ascanio Celestini et David Murgia raconte l’histoire d’un pauvre Christ revenu sur terre non plus pour la libérer de ses péchés, mais pour l’ausculter…

A. D.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés