Une fleur en papier (de riz) froissé

Plus vrais que nature, les kimonos réalisés dans les ateliers de l’ORW. ©Opéra Royal de Wallonie-Liège

Pour sa rentrée, l’ORW situe "Madama Butterfly", de Puccini, dans le Japon vaincu d’après 1945: à l’amour comme à la guerre…

Quand le rideau se lève, le fringant officier de l’US Marine Corps Benjamin Franklin Pinkerton, très satisfait de ses récentes acquisitions immobilière et matrimoniale, s’apprête à prendre possession de sa nouvelle demeure à Nagasaki, et du petit trésor extrême-oriental qui l’agrémente: ex-geisha sans le sou, Cio-Cio-San a 15 ans, des cheveux noirs de jais, une démarche effacée et glissante, sur ses getas en paille, et, surtout, cette passion sotte et sublime qu’on nourrit parfois à cet âge pour d’écœurants tombeurs triomphants. Ce n’est pas que le lieutenant nous ment, cependant: l’arrogant militaire annonce sans ambages qu’il choisira un jour une "épouse authentique", et que cette bluette pour une gamine exotique, dont les parfums lui ont tourné la tête, durera le temps que vivent les roses…

"Madama Butterfly"

Note: 4/5

De Giacomo Puccini. Mise en scène de Stefano Mazzonis di Pralafera, direction musicale Speranza Scappucci/Ayrton Desimpelaere, Orchestre et Chœurs de l’Opéra royal de Wallonie-Liège.

C’est mal, mais voilà, Puccini et nous, ses admirateurs depuis plus d’un siècle, chérissons sans doute les histoires d’amour immorales, impossibles et tristes. Et celle que raconte Stefano Mazzonis, directeur artistique et général de l’ORW, nous plonge sans effort dans une évocation juste de la prépotence des vainqueurs, et, par bonheur, dépourvue de japon(i)aiseries: les paravents coulissants, les branches de cerisier, les chignons fichés de longues épingles pareilles à des mikados, et, plus que tout, la trentaine de magnifiques kimonos visibles sur scène (en plus de ceux, fabriqués maison et peints à la main, exposés dans le hall de l’opéra) plantent sans excès un décor très crédible, qui s’"américanise" au fil des trois années d’abandon de l’adolescente: la miss papillon aux ailes chiffonnées, punaisée sur l’autel d’une liaison culturellement incompatible, a beau mettre toute son âme dans cette longue attente, repousser d’impatients prétendants (une bande de yakuzas déplaisants) et s’habiller sagement à l’occidentale, son maître et mari ne reviendra pas… – sauf en hélicoptère, descendu cahin-caha des combles et posé sur le toit de la demeure!

Irréprochable Speranza

Pour nouer ce drame qui finit dans le sang d’un égorgement, sous la baguette de l’irréprochable Speranza Scappucci (relayée par le jeune chef Ayrton Desimpelaere), une double distribution s’imposait dans les rôles principaux: deux Cio-Cio San (Svetlana Aksenova et Yasko Sato) et deux Pinkerton (Alexey Dolgov et Dominick Chenes), tous les quatre pour la première fois à l’ORW, épanchent leurs peines infinies ou leurs indécentes jouissances auprès d’un troisième protagoniste, le consul des États-Unis Sharpless (l’excellent baryton Mario Cassi), la seule bonne conscience à comprendre, avec impuissance et chagrin, que le terme de l’aventure, ici, sera moins enchanteur qu’un bouquet parfait d’ikebana…

"Madama Butterfly", jusqu’au 28/9 à l’ORW: www.operaliege.be

Madama Butterfly (Puccini) - Teaser


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