Une petite lumière brille au bout des ténèbres

©Kim Leleux

Dans "Les bas-fonds", de Maxime Gorki, dix-neuf personnages prisonniers de la société et d’eux-mêmes partagent leur violence, leurs amours, leurs états d’âme, mais surtout leurs espoirs…

Sur le rideau, des images de champignons qui poussent. Le rideau s’ouvre sur une grande pièce jonchée de matelas. Une femme entre, enlève son manteau et se rince le sexe dans une bassine commune. Certains matelas sont occupés par des gens qui dorment ou essayent de dormir.

Un serrurier et sa femme tuberculeuse, un ouvrier, un immigré, un noble déchu, une prostituée, un voleur. Ce petit monde qui compose les bas-fonds baignant dans l’alcool est exploité par un marchand de sommeil véreux et son épouse acariâtre. Arrive un vieux pèlerin un peu trouble qui tient un discours empli d’humanité et d’espoir. Par petites touches, on découvre au travers de chaque personnage cette vie endormie dans la misère, où l’amour côtoie la mort, où les questions essentielles se heurtent à l’anodin absolu.

"Finalement, boire est un accommodement avec l’idée de la mort."
Lorent Wanson
Metteur en scène

"Le thème de la pièce n’est pas la pauvreté, insiste Lorent Wanson, le metteur en scène, mais l’homme. C’est une pièce sur le vivre ensemble qui demande quelle perspective donnons-nous aujourd’hui à une société dans le chaos où le tissu sociétal s’effrite". Pour monter "Les bas-fonds", le metteur en scène a demandé à André Markowicz une nouvelle traduction du texte de Maxime Gorki (1868-1936), plus proche de l’écriture originale, plus bavarde. Pour écrire cette pièce, l’auteur russe s’est nourri de sa propre expérience. Sur scène, 19 comédiens tracent dans une véritable pièce chorale la trajectoire de ces 19 personnages tandis que la musique, qui ressemble à un mouvement naturel, ajoute une dimension métaphysique. "C’est un peu comme une chanson à boire, ajoute Lorent Wanson. Cela raconte quelque chose et l’alcool est très présent mais pas de façon agressive. Finalement, boire est un accommodement avec l’idée de la mort."

©Kim Leleux

Dix-neuf comédiens et autant de personnages, cela fait beaucoup et il est parfois difficile de tous les suivre. Certains personnages sont à peine esquissés, des portes s’ouvrent et se ferment vite sans que l’on ait eu le temps de cerner un homme, une femme. Mais l’ensemble porte le texte de Gorki avec justesse et immerge le spectateur à la fois dans la lourdeur et la légèreté du propos. "Il faut admettre que la vie, c’est à la fois les ténèbres et la lumière, conclut Lorent Wason. Il faut passer par des deuils, des renaissances, il faut accepter sa condition d’homme."

"Les bas-fonds" jusqu’au 4 avril au Théâtre de la Place des Martyrs à Bruxelles, 02 223 32 08, www.theatredesmartyrs.be.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés