Vingt mille lieues sur la terre

©Isabelle De Beir

L’histoire est connue: Phileas Fogg, esthète britannique de l’exactitude, membre du Reform Club, décide un jour de mettre au défi ses collègues de ce cercle très privé en proposant de réaliser en 80 jours exactement le tour du globe et de revenir à Londres dans ce même club et à l’heure même où le pari est lancé.

Il entraîne à sa suite son serviteur français Passepartout qu’il venait d’engager et qui croyait trouver a priori dans son nouveau maître un obsédé de l’exactitude maniaque, détestant l’imprévu et dont la vie se voudrait réglée comme du papier à musique…

Or c’est bien le cas, car le voyage s’effectue en partie dans une course après le temps et réglée à coup d’argent, ceci avant qu’un grain de sable – une belle princesse indienne – vienne dérégler cette jolie mécanique britannique d’une ponctualité toute suisse.

"Le tour du monde en 80 jours" est une belle réussite qui doit beaucoup au décor conçu par Ronald Beurms.

C’est d’ailleurs un décor tout en rondeur qui rappelle un boîtier d’horloge ou de montre à gousset, qui sert d’ingénieux décor à cette course autour du monde auquel Thierry Debroux donne un tour très plaisant. Grâce à l’ingéniosité et l’inventivité du décor, le metteur en scène parvient à donner au spectateur l’illusion de voir nos héros prendre le train, le bateau, l’éléphant voire la montgolfière. Cette poésie désuète est quelque peu battue en brèche et c’est tant mieux par un humour pétaradant qui transforme le roman d’aventures de Verne en une comédie enlevée, emplie de running gags, de bons mots, de répliques cinglantes, d’anachronismes désopilants, de références cinématographiques.

Bien que lesté de passages un peu plus lourds sur ce plan, "Le tour du monde en 80 jours" est une belle réussite qui doit beaucoup, on l’a dit, au décor conçu par Ronald Beurms dans lequel s’anime une distribution remarquable emmenée par un Alain Lempoel, impavide et impassible en gentleman anglais engoncé dans sa montre à gousset.

©Isabelle De Beir

Les vraies performances sont surtout l’œuvre de Othmane Moumen en Passepartout virevoltant et acrobate, et de Stéphane Fenocchi qui campe l’inspecteur Fix, convaincu que Fogg qu’il poursuit est un voleur: il se veut terriblement malin et machiavélique, mais se révèle surtout remarquablement ridicule. Le comédien forme avec Othmane Moumen une paire assez irrésistible dans le genre cours après moi que je t’attrape.

Ils sont bien aidés par une bande de comédiens transformistes qui changent de rôle sur le même rythme frénétique qui voit nos deux héros changer de continent. Ils s’évertuent à perturber les efforts de Phileas Fogg.

Et le metteur en scène de remettre les pendules à l’heure, en s’autorisant sur un ton badin une critique de nos vies dont chaque jour ressemble aussi à un épisode de 24h chrono….

"Le tour du monde en quatre-vingts jours" jusqu’au 6 juin au Théâtre royal du Parc à Bruxelles, www.theatreduparc.be, 02 505 30 30.

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