"Vous voulez vraiment qu'on s'épile?"

Sans forme prédéfinie, "Calimero" est repensé chaque jour en fonction des interrogations lancées par le public, et des suggestions pour le lendemain: porter une jupe, s’épiler les jambes ou, pourquoi pas, arrêter purement et simplement la production en donnant la subvention de la compagnie Transquinquennal à des personnes qui aimeraient faire du théâtre et n’en ont pas les moyens! ©Ophélie Longuépée

Toujours révolutionnaire, la compagnie Transquinquennal fait du théâtre un lieu de débat, où la participation du public devient la matière première d’un spectacle qui n’en est pas un.

Dans moins de 4 ans se termine le dernier contrat-programme de Transquinquennal, ainsi qu’annoncé et décidé par cette compagnie théâtrale déjantée, qui ne cesse de surprendre son public depuis 1989. Avec "Calimero", leur dernière création, Stéphane Olivier, Bernard Breuse et Miguel Decleire font de la scène des Tanneurs le lieu même du débat de société et interrogent les mécanismes de la domination au moyen d’un spectacle participatif qui donne la parole au public et diffère à chaque représentation. Jouant avec les limites de la forme scénique, ils évoquent les rapports de force, le sexisme, le racisme, et explorent la manière dont le théâtre se saisit (ou non) de tout cela, mettant en cause par la même occasion leur position de mâles blancs de plus de 50 ans, certes progressistes et ouverts mais jusqu’à un certain point!

Théâtre
"Calimero"

Note: 4/5

Concept: Transquinquennal.

Avec Bernard Breuse, Miguel Decleire et Stéphane Olivier.

Jusqu’au 30/3 au Théâtre les Tanneurs (Bruxelles): tanneurs.be. En streaming et en accès libre sur www.transquinquennal.be

"Peut-être que les autres ont raison dans le regard qu’ils posent sur nous? Dès qu’on fragilise nos privilèges, on touche à des choses qu’on ne veut pas voir. Remettre en cause la hiérarchie est difficile, même au théâtre", déclare Stéphane Olivier.

Offrant au public de prendre la parole grâce à un micro placé dans un cube en mousse, les trois comparses évoluent dans un décor de "camping intello" où ils sont allés jusqu’à installer une couveuse avec de vrais poussins pour évoquer l’impossibilité des hommes à donner la vie. Un poussin noir fait évidemment référence au "C’est trop injuste" du Calimero en dessin animé, qui donne son nom au spectacle.

Sans forme prédéfinie, celui-ci est repensé chaque jour en fonction des interrogations lancées par le public, et des suggestions pour le lendemain. Mais Stéphane Olivier rappelle qu’il s’agit bien d’une mise en scène: "Par un processus de régression personnelle, on interroge ce qui se passe sous notre couche de politiquement correct." Une provocation vivifiante prend place dans le lieu qui cristallise toutes les injustices du milieu théâtral depuis l’affaire David Strosberg, écarté du théâtre Les Tanneurs pour harcèlement, et la nomination d’un autre mâle blanc – Alexandre Caputo – pour le remplacer!

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