Zazie n'a pas vieilli

©Alexandre Drouet.

La gamine gouailleuse de Queneau rêve encore et toujours à prendre le métro parisien. On la retrouve sur la scène du Théâtre royal du Parc dans une mise en scène qui rappelle la Nouvelle Vague.

"Zazie dans le métro"… Notre mémoire collective nous renvoie à la bouille souriante et malicieuse de Catherine Demongeot. En 1960, aux côtés de Philippe Noiret, la gamine à la frange brune crevait les écrans. Sous la direction de Louis Malle, elle offrait son minois au personnage né de la plume de Raymond Queneau, qui avec ce roman de "Zazie dans le métro" (paru en 1959) connut un grand succès littéraire et public. Entre un roman devenu depuis lors un classique et un film qui ne l’est pas moins, il faut une bonne dose d’audace pour transposer cette "drôle" d’histoire au théâtre. Jean Goovaerts et Miriam Youssef ont osé et présentent leur adaptation au Théâtre royal du Parc.

À la veille des années 60, Zazie, une dizaine d’années au compteur, arrive à Paris, confiée aux bons soins de son oncle Gabriel. Celui-ci est entouré d’une clique burlesque au sein de laquelle sa nièce trouve rapidement sa place grâce à un franc-parler plutôt imagé. Ce qui sort de cette bouche juvénile n’est pas piqué des vers; "mon cul" faisant, selon la grammaire de la mouflette, office de point d’exclamation. Mais au-delà d’un éloge à la langue française et ses dérives argotiques, Queneau souhaitait dénoncer le poids et la bêtise des conventions sociales de cette époque d’après-guerre. "Zazie dans le métro" aborde ainsi les thèmes de l’homosexualité, la question du genre, l’inceste et la pédophilie, les violences policières et le racisme.

Réussites et bémols

Une adaptation réussie qui pâtit cependant de quelques inégalités.

Dans un décor incroyable comme sorti directement d’une œuvre tronquée de Mondrian, Zazie découvre les joies de Paris. La comédienne (adulte) Julie Duroisin interprète parfaitement l’espiègle enfant, exagérant adéquatement le caractère grossier et frondeur de son personnage. Face à elle, Stéphane Fenocchi en oncle Gabriel impatient, mais tendre, au fond. Sébastien Schmit est énigmatique jusqu’à la fin; peu de texte, mais beaucoup de présence dans ce rôle de Marceline, l’épouse (ou l’époux) de Gabriel. On souligne la performance de John-John Mossoux en être terrifiant, dans la peau d’un Marilyn Manson schizophrène, soit 4 personnages en un seul. Son corps immense et longiligne épouse les angles du décor. Avec lui, c’est tout le "mal" de Paris qui suinte des murs pour atteindre Zazie et ses acolytes.

On ne peut pas le nier, Jean Goovaerts et Miriam Youssef ont réussi à rendre cet effet Nouvelle Vague et la mise en scène utilise judicieusement les ellipses vidéos.

Bien des qualités à ce spectacle qui cependant, à certains moments, perd de son souffle pour le reprendre un peu plus loin. On s’amuse beaucoup, on s’ennuie tout d’un coup, puis une répartie fuse qui déride ou interpelle. Cette inégalité peut peser. Quelques bafouillements dans le fait de certains comédiens ne passent malheureusement pas inaperçus. Quoi qu’il en soit, ce "Zazie dans le métro" est un spectacle à conseiller, pour le plaisir des yeux (décors et costumes parfaits) et des oreilles… Les mots de Queneau n’ont pas fini de raisonner et Zazie n’a pas vieilli, quoi qu’elle en dise…

"Zazie dans le métro" Mise en scène de Miriam Youssef Avec Julie Duroisin, Stéphane Fenocchi, John-John Mossoux… Jusqu’au 20 mai 2017 au Théâtre Royal du Parc, à Bruxelles. 02.505.30.30 www.theatreduparc.be. Note: 3/5

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