La facture de la crise bancaire: 465 millions d'euros

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La facture du sauvetage des banques s'efface progressivement. Le coût du sauvetage des banques par l’Etat et les Régions est désormais estimé à 465 millions d’euros.

Cela fait presque dix ans que les grandes banques belges ont été emportées dans le grand tourbillon de la crise financière. Après la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, les autorités belges avaient dû intervenir pour sauver plusieurs institutions financières: Fortis, KBC, Dexia et l’assureur Ethias.

LE RÉSUMÉ

Voici 10 ans,  les grandes banques (Fortis, Dexia et KBC) ont dû être renflouées.

Le coût net du sauvetage est estimé à 465 millions d’euros, une baisse de 50% par rapport à l’an dernier.

Si Belfius entre en Bourse, on pourrait revenir à l’équilibre.

 

Sur les dix dernières années, cela a coûté très cher (12,9 milliards d’euros) mais cela a aussi rapporté de l’argent à l’Etat et aux Régions sous forme de gains en capital et de dividendes notamment (12,5 milliards). Selon l’économiste belge Eric Dor qui a calculé pour L’Echo le coût du sauvetage des banques, le coût net des interventions peut ainsi être estimé à 465 millions d’euros. Il s’agit d’une baisse de la facture de quelque 50% par rapport à l’an dernier. Et si Belfius devait encore entrer en Bourse cette année, grâce à la plus-value réalisée, on pourrait atteindre l’équilibre voire dégager un profit.

Le directeur des études économiques à l’IESEG School of Management de l’Université Catholique de Lille rappelle que la balance des pertes et des gains évolue chaque année. En effet, les pertes augmentent du montant des intérêts payés sur les emprunts qui ont financé les participations encore détenues. De leur côté, les gains augmentent grâce aux dividendes perçus sur certaines participations (Belfius et BNP Paribas) et parfois des plus-values sur la revente de participations (comme ce fut le cas pour Fortis).

On a bien limité les dégâts

Que changerait une revente d’une partie de 30% de Belfius via une mise en Bourse? L’ensemble de Belfius a été acquis à l’époque pour 4 milliards d’euros. Aujourd’hui, la valeur globale est estimée entre 5 et 7 milliards. Les 30% pourraient donc être cédés entre 1,5 et 2,1 milliards. De quoi générer une plus-value de 300 à 900 millions (par rapport à une valeur d’acquisition de 1,2 milliard). En prenant une plus-value moyenne de 600 millions, le bilan global du sauvetage des banques serait donc positif dès la fin de cette année. Seul problème, les conditions de marché se sont détériorées et l’IPO de Belfius est devenue très incertaine d’ici la fin de l’année. Il y a quelques mois, Belfius était d’ailleurs encore évaluée entre 6 et 8 milliards d’euros. La baisse d’un milliard est liée à la décote que subit le secteur bancaire en Bourse.

"Ce sauvetage a permis d’éviter une grande catastrophe économique."
eric dor
directeur des Etudes Economiques à l’IESEG

Pour Eric Dor, dix ans après le début de la crise, on a globalement bien limité les dégâts. Si on met de côté les garanties Dexia, l’Etat devrait, sauf accident, dégager un bénéfice au final.

En Flandre

Actuellement, c’est la Flandre, grâce aux remboursements et pénalités de KBC, qui tire le mieux son épingle du jeu avec un gain net de 1 milliard d’euros. Ceci contraste avec des pertes nettes de 453 millions pour l’Etat fédéral, de 267 millions pour Bruxelles et surtout de 784 millions pour la Wallonie. Pour Bruxelles et la Wallonie, ceci est lié aux pertes sur Dexia et au paiement de garanties pour le Holding Communal, institution qui a été liquidée.

Globalement, Dexia pèse très lourd dans le bilan final avec une perte en capital de 4,9 milliards. Les fonds injectés doivent en effet être considérés à fonds perdus, comme requis par l’organisme européen Eurostat. Par ailleurs, Dexia, qui détient des produits structurés risqués, s’est vu accorder des garanties qui se montent actuellement à 34 milliards d’euros. Le portefeuille à risque de Dexia ne se liquidera que très progressivement.

Parmi les dossiers toujours en cours, il y a Ethias (Vitrufin), où le Fédéral, la Flandre et la Wallonie ont participé lors de la crise à une augmentation de capital de 1,5 milliard (chacun pour 500 millions).

Enfin, l’Etat belge détient encore une participation dans BNP Paribas  (5,3 milliards d’euros). Mais vu la baisse du cours des banques sur les marchés, cette position se solde actuellement par une moins-value de 563 millions d’euros.

En Wallonie

Eric Dor souligne que la facture pour la Wallonie va continuer à augmenter chaque année à cause des intérêts payés sur les emprunts qu’elle avait dû contracter pour obtenir l’argent nécessaire aux prises de participation dans Dexia et Ethias. Si la participation dans Dexia est à fonds perdus, la revente d’Ethias pourrait peut-être un jour permettre à la Région wallonne de réaliser des gains qui compenseraient les coûts accumulés jusqu’ici.

A Bruxelles

Pour la Région bruxelloise, la facture va continuer à augmenter légèrement à cause des intérêts payés sur les emprunts liés à la participation dans Dexia.

Les gagnants et les perdants

Eric Dor précise que l’estimation du coût net provisoire de 465 millions pour l’ensemble des pouvoirs publics belges est un bilan financier limité aux coûts et gains directs pour ceux-ci, pour avoir sauvé des banques et organismes financiers. Il est évident, dit-il, que ce sauvetage a permis d’éviter une grande catastrophe économique pour les ménages et les entreprises. On a épargné à ceux-ci des coûts bien supérieurs si on avait laissé crouler les banques. Donc du point de vue de l’ensemble de la collectivité nationale, il est certain qu’il y a un gain net énorme d’avoir réalisé ce sauvetage.

Il faut aussi comprendre que sans le sauvetage des banques, la dépression économique qui en aurait résulté aurait fortement diminué les recettes fiscales des pouvoirs publics, alors que ces derniers auraient subi des coûts supplémentaires, en allocations de chômage ou indemnisation des déposants par exemple. En prenant en compte ces effets indirects, et donc les coûts que l’on a évités, le bilan économique du sauvetage est déjà largement un gain net pour les pouvoirs publics.

Bien entendu, on peut encore ajouter que tous ces calculs ne tiennent pas compte des pertes très importantes subies par les actionnaires des banques mais aussi par les épargnants belges lors de cette crise. Si les flux d’intérêt étaient restés à leur niveau de 2008, les revenus d’intérêt cumulés de 2009 à 2018 auraient été supérieurs de 50 milliards d’euros à ce qu’ils ont été. Ce n’est bien entendu pas une perte à proprement parler, mais bien le manque à gagner des ménages belges à cause de la baisse des taux d’intérêt orchestrée par la Banque centrale européenne pour combattre la crise.

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