Les épargnants belges ont "perdu" 40 milliards d'euros

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Si les flux d’intérêts reçus étaient restés à leur niveau de 2008, les revenus cumulés de 2009 à 2017 des épargnants auraient été supérieurs de 40 milliards d’euros. Un sérieux manque à gagner.

C’est le genre de chiffres qui est peu apprécié du côté de la Banque nationale de Belgique (BNB). Les épargnants belges apparaissent comme les vrais perdants de la politique de taux d’intérêt zéro, qui est une conséquence de la crise financière.

Car les chiffres calculés par l’économiste Eric Dor sont plutôt implacables. Si les flux d’intérêts reçus par les ménages étaient restés à leur niveau de 2008, les revenus d’intérêt cumulés de 2009 à 2016 auraient été supérieurs de 34 milliards à ce qu’ils ont été. C’est une mesure du manque à gagner des ménages belges à cause de la baisse des taux d’intérêt. .

"Il est clair que les épargnants sont les grands perdants."
eric dor
directeur des Études économiques à l’IESEG School of Management

C’est un chiffre assez énorme. Et on imagine aisément à quoi ces 34 milliards d’euros auraient pu être consacrés: dépenses de consommation, achat d’une voiture, rénovation et construction d’une maison, dépenses de vacances… De quoi mieux soutenir l’économie, même si le Belge aurait aussi pu épargner ces montants pour ses vieux jours.

"Si on se limite à ce chiffre, il est clair que les épargnants sont les grands perdants", souligne Eric Dor, directeur des Études économiques à l’Ieseg School of Management à Paris et Lille. "Mais bien entendu, si les pouvoirs publics sont intervenus et si la BCE a abaissé ses taux, c’était aussi pour soutenir l’activité et sauver les emplois. Mais le prix est élevé pour l’épargnant, c’est sûr", dit l’économiste belge. En 2008, les épargnants touchaient encore 10,7 milliards d’euros de revenus d’intérêt. Ce montant n’a cessé de baisser, pour tomber à 3,2 milliards en 2016 (voir graphique). D’où le manque à gagner sur la période 2009-2016 de 34 milliards.

©Mediafin

Pour l’année 2017, si les taux étaient restés là où ils étaient en 2008 et en prenant un encours de 255 milliards d’euros d’épargne réglementée, le manque à gagner annuel pour les ménages belges est évalué à 6 milliards d’euros. Ce qui porterait le bilan 2009-2017 à une quarantaine de milliards d’euros.

Paradoxalement, malgré la baisse des taux, les flux d’intérêts payés par les ménages ont quant à eux augmenté en l’espace de dix ans. C’est notamment dû à l’augmentation de l’endettement des ménages depuis 2008. "Cette augmentation de l’endettement peut aussi bien traduire des situations difficiles de certains ménages que de bonnes opportunités pour des ménages qui profitent des taux bas pour emprunter de quoi financer l’acquisition de maisons et autres biens d’investissement", souligne l’économiste. Résultat, en termes nets (flux d’intérêt reçus moins flux d’intérêts payés), le Belge apparaît comme le grand perdant de cette situation de taux au plancher, ce que confirment d’ailleurs des chiffres de la Banque centrale européenne (BCE) pour la zone euro.

Temporaire?

Le gouverneur de la BNB, Jan Smets, avait déjà évoqué la situation des épargnants belges dans un récent entretien à L’Echo (samedi 1er juillet). "Je sais que les épargnants n’aiment pas les taux zéro. Je comprends que la situation puisse être pénible. Mais certains particuliers ont aussi profité des taux bas, comme ceux qui ont acheté des actions, des fonds de placement en actions ou de l’immobilier. Et si les banques centrales n’avaient pas agi ainsi, la situation aurait été bien pire pour tout le monde, avec une moindre croissance économique. Sans croissance, on ne peut pas avoir de rendements durablement élevés. Mario Draghi l’a souvent dit: on réduit les taux pour pouvoir les augmenter par après. Les pertes des épargnants ne sont donc que temporaires".

Le problème, c’est que Mario Draghi n’est visiblement pas pressé de remonter les taux directeurs. Et que la situation pourrait durer. En Belgique, le taux des livrets d’épargne ne peut pas descendre sous 0,11%, soit un taux de base de 0,01% et une prime de fidélité de 0,10%. "On remarque, que contrairement à la France, les autorités politiques belges n’ont pas souhaité établir un taux minimum qui soit vraiment significatif, et par exemple supérieur à l’inflation, pour l’épargne réglementée en Belgique", souligne Eric Dor.

En France, le livret A, dont le taux est déterminé par le gouvernement, affiche encore du 0,75%. La Banque de France voudrait abaisser ce taux eu égard aux difficultés des banques dans un environnement de taux négatifs ou très bas. Mais le ministère français des Finances résiste, en affirmant vouloir protéger le pouvoir d’achat de l’épargne populaire. Le monde politique belge ne semble pas avoir une telle préoccupation, conclut Eric Dor.

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