Protéger les actionnaires des banques?

©BELGA

L’Echo a demandé à l’institut de sondage Kantar TNS de mener une enquête auprès des Belges sur leurs ressentis par rapport aux banques, 10 ans après l’éclatement de la crise en 2008. Retrouvez-en les résultats tout au long de la semaine.

Le secteur financier souffle cette semaine les bougies d’un anniversaire funeste: les 10 ans de la crise bancaire, marquée par la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Une décennie plus tard, que pensent les Belges du rôle du gouvernement vis-à-vis des banques? Doit-il garantir leurs investissements? L’Echo et De Tijd ont pris le pouls à travers une vaste enquête menée par Kantar TNS sur un panel de 1.053 personnes, représentatif de la population belge. La marge d’erreur est de 3%.

1. Le gouvernement devrait garantir les actions des investisseurs privés dans les banques belges

Le Belge altruiste envers les actionnaires, ou simplement craintif pour ses actions? La moitié des sondés souhaite en tout cas que le gouvernement garantisse les actions des investisseurs privés dans les banques belges. 15% seulement ne considèrent pas cette mission comme relevant du gouvernement. Un désir de garantie d’autant plus marqué chez les personnes âgées de plus de 65 ans – 60% d’entre elles.

2. Un Belge sur trois est d’accord avec l’indemnisation d’Arco

Arco, un nom qui résonne comme le souvenir d’une mauvaise rupture aux oreilles du gouvernement belge. Pour rappel, 800.000 coopérateurs de ce groupe issu du Mouvement ouvrier chrétien détenaient des actions dans Dexia. La banque a donc emporté dans sa chute les parts de ces actionnaires. Sur un élan de générosité, le gouvernement fédéral a promis d’indemniser ces coopérateurs, en majorité flamands. C’était d’ailleurs un des buts de l’IPO de Belfius: la vente de 30% de son capital devait notamment générer 600 millions d’euros… directement pour ces ex-actionnaires d’Arco. L’introduction en Bourse ayant été repoussée ce lundi par le gouvernement, le divorce n’est donc pas encore conclu.

1 sondé sur 3 est pourtant d’accord avec cette indemnisation des coopérateurs d’Arco. Le Belge se place donc à nouveau dans le camp des actionnaires. Un quart de la population reste tout de même opposé à ce dédommagement. C’est que la question divise. Car il faut aussi noter une grande part d’indécis – sans doute due à la méconnaissance d’Arco. En additionnant le quart de sondés ni d’accord, ni pas d’accord, et les 16% de personnes qui ne savent pas quoi répondre, on obtient un total de 42% de silencieux. Plus forts que les défenseurs d’Arco.

3. Le gouvernement devrait garantir les économies des Belges en toutes circonstances

Retrouvez notre dossier sur lecho.be/10ansdecrise

La protection de l’épargne, un point toujours sensible pour notre société. C’est en tout cas ce que porte à croire ce sondage: 2 sondés sur 3 souhaitent en effet que l’État garantisse les économies des Belges en toutes circonstances, et quel qu’en soit le prix à payer. Parmi ces 65% de défenseurs de la gérance du gouvernement, on retrouve une majorité écrasante de personnes plus âgées (72% des 45-54 ans… et jusqu’à 80% au-delà des 65 ans), ainsi que 3/4 des personnes issues du groupe social moyen-inférieur. Une forte demande, contrebalancée par quelque 9% seulement d’opposants.

Il faut alors croire que le Belge est définitivement demandeur de sécurité: la moitié des sondés souhaite encore que l’État sauve les banques menacées par la faillite. 18% se positionnent contre ce sauvetage de la noyade. Une vraie priorité donc pour les personnes interrogées, si une nouvelle crise venait à frapper.

Enfin, les banques publiques ont la cote devant les banques commerciales: 25% des sondés leur font davantage confiance, contre 13% de défenseurs des banques commerciales. C’est assez logique vu la demande d’implication du gouvernement dans la sûreté des banques qui ressort de cette enquête. C’est le Fédéral qui doit se féliciter d’avoir reporté l’introduction en Bourse d’une partie de Belfius…

L’épargne protégée jusqu’à 100.000 euros

La crise bancaire a conduit les autorités belges à augmenter la protection des dépôts. Avant cette crise, celle-ci se limitait à 20.000 euros par client et par banque. En novembre 2008, alors que la confiance dans le système financier était ébranlée et que les premiers signes de retraits de dépôts se manifestaient, ce plafond a été porté à 100.000 euros, montant toujours en vigueur aujourd’hui.

Le but était d’ enrayer le mouvement de perte de confiance. C’est le Fonds de garantie pour les services financiers qui est chargé de cette protection des dépôts. Ce fonds est alimenté par des cotisations des banques et l’objectif est d’atteindre, d’ici 2024, 0,8% des dépôts couverts. En 2010, la Banque nationale estimait ces dépôts à plus de 244 milliards d’euros. Inutile de préciser qu’avec 0,8% de ce montant, soit un peu moins de 2 milliards d’euros, le Fonds de garantie ne pourrait pas répondre à lui seul à une faillite d’une grande institution financière belge: les autres acteurs du marché seraient appelés à fournir des contributions extraordinaires (limitées, par année, à 0,5% des dépôts couverts). En attendant, c’est l’État belge qui serait redevable de la garantie… Le "no more bail out" (fin des sauvetages bancaires par l’État) voulu par l’Europe reste donc très relatif face aux "too big to fail" (institutions financières trop grosses pour faire faillite sans que cela implique l’État) qui dominent toujours le marché bancaire belge…

Par ailleurs, une protection des placements en assurances vie à taux garanti a également vu le jour à la faveur de la crise, si l’on ose dire. Auparavant, seuls les placements bancaires étaient concernés. Mais en octobre 2008, la chute de Dexia rejaillit sur Ethias, qui est à l’époque l’un des principaux actionnaires du groupe bancaire. Résultat: la méfiance s’installe à l’égard de l’assureur. Pour ramener, ici aussi, la confiance, la protection des dépôts est élargie aux compagnies qui en font la demande. De nos jours, tous les assureurs qui proposent des produits de la branche 21 sont membres du fonds de garantie. À noter qu’il existe par ailleurs un système de protection des instruments financiers, qui vise à couvrir l’éventuelle défaillance d’une banque ou société de Bourse qui conserve des actions, obligations ou autres titres pour le compte de ses clients. Si les clients ne peuvent plus récupérer ces titres à cause du défaut de l’institution, ils peuvent faire appel au système de protection qui les indemnisera à hauteur de maximum 20.000 euros. 

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content