analyse

Qui a vendu en 2007 et acheté en 2009?

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Le parfait "market timing" est difficile à mettre en œuvre, mais toute crise financière est une opportunité pour l’investisseur qui vise le long terme. Autre leçon de cette crise: il faut savoir bien diversifier son portefeuille.

Le 23 mai 2007, l’indice Bel 20 de la Bourse de Bruxelles a atteint un sommet historique de 4.756,82 points. Plus de dix ans plus tard, ce niveau n’a toujours pas été dépassé. Aujourd’hui, l’indice flirte avec les 4.000 points. Ce qui signifie qu’il doit encore grimper d’un peu moins de 20% pour retrouver ses sommets. "Mais on les retrouvera un jour, ces sommets, j’en suis sûr", lance Vincent Van Dessel, le patron d’Euronext Brussels.

Flash-back. À la fin de l’année 2007, l’indice Bel 20 avait encore réussi à limiter les dégâts, abandonnant 5,95% sur l’année. Mais en 2008, tout s’est accéléré avec la chute de Lehman Brothers et ensuite la descente aux enfers de Fortis et Dexia . Résultat: le baromètre des "blue chips" belges a chuté de 54% en 2008, la pire année de son existence. "Ce n’est pas la première fois que l’on connaissait une crise. D’ailleurs, à titre personnel, j’ai été beaucoup plus impressionné par le krach boursier intervenu le 19 octobre 1987". Mais Vincent Van Dessel le reconnaît aisément, le pire moment dans cette grande crise financière, ce fut l’effondrement de Fortis. "C’était un peu l’exemple de l’entrepreneuriat belge, une société qui s’était posée en conquérante à l’étranger. Mais cela s’est fait au mauvais moment".

"Il y aura encore des joies et des pleurs. Mais il faut profiter des pleurs pour prendre des positions. Et diversifier, diversifier, diversifier…"
vincent van dessel
ceo d’euronext Bruxelles

Le patron d’Euronext Bruxelles tire plusieurs leçons de cette crise financière. Premièrement, le risque zéro n’existe pas. "On l’a vu, même les fonds monétaires ont été touchés dans cette crise. Le risque zéro n’existe pas et n’existera jamais nulle part."

Deuxièmement, toute crise apparaît comme une opportunité. "Lorsque les marchés réagissent très fortement, on se retrouve très rapidement dans des zones d’achat pour un investisseur qui vise le long terme", souligne Vincent Van Dessel.

Et c’est vrai, en mars 2009, les marchés vont toucher leurs niveaux les plus bas et entamer leur spectaculaire remontée, dopés par l’argent facile des banques centrales. Depuis cette date, le Bel 20 a repris 160%, grâce à des actions comme AB InBev , Solvay ou UCB .

Troisièmement, conclut le patron de la Bourse, il faut diversifier son portefeuille. "Trop de portefeuilles étaient surinvestis dans un seul titre. Une diversification est indispensable. Et je parle ici d’une diversification intelligente en matière de secteurs et de valeurs cycliques/valeurs non cycliques. Aujourd’hui, les choses peuvent évoluer très vite. Aucune société n’est à l’abri d’un malheur".

©Mediafin

Dans une note consacrée à ces dix ans de crise, la firme Schroders souligne que durant les phases les plus sombres, les places boursières japonaises et européennes, si l’on se réfère aux indices MSCI Japan et MSCI Europe, ont perdu plus de la moitié de leur valeur. Les marchés américains ont quant à eux perdu plus de 40%. Mais les baisses des taux d’intérêt ont eu pour effet de relancer les marchés des actions. Depuis 2009, les actions américaines ont ainsi bondi de plus de 260%, avec à la clé de nouveaux records pour les indices US. Le Royaume-Uni, l’Europe et l’Asie ont enregistré pour leur part une ascension de plus de 150%.

Parfait timing?

Le parfait "market timing" était donc de vendre au plus haut en 2007 et d’acheter au plus bas en mars 2009. Mais qui a réussi cette prouesse? "Ceux qui l’ont réalisée l’ont sans doute fait davantage par chance que par jugement", souligne Schroders.

La firme insiste néanmoins sur un point. Même si on a conservé ses actions en portefeuille en 2007 et 2008, on a réalisé un return positif (et parfois intéressant), même si cela s’est accompagné de quelques sueurs froides. C’est ainsi qu’entre le troisième trimestre 2007 et le deuxième trimestre de 2017, les actions américaines ont offert un return de 7% par an, si on inclut les dividendes. Les actions britanniques et mondiales ont offert du 4,9% et du 4,3%, respectivement. Le Japon (1,26%) et l’Europe (1,35%) sont à la traîne. En Belgique, ce n’est qu’en 2015 que l’indice Bel 20 net return, qui tient compte des dividendes nets, a dépassé son niveau de 2007.

Depuis 2007, souligne Schroders, ce sont les soins de santé et les biens de consommation de base qui ont offert le meilleur return. Les investisseurs ont clairement préféré des sociétés dont les biens restent demandés en période de crise, tout en offrant des revenus stables. En revanche, sur 10 ans, l’investisseur a perdu de l’argent dans le secteur minier (Rio Tinto…) et dans l’énergie (BP , Exxon...). Et bien entendu, ce sont les banques qui ferment la marche, avec une perte de près de 390 dollars sur un investissement de 1.000 dollars.

Reste à savoir si ces années de crise n’ont pas laissé des traces dans la tête des investisseurs. Si l’on en croit une enquête de la firme Legg Mason, cela risque d’être le cas. L’enquête montre que les membres de la génération Y (les "Millennials", qui sont âgés entre 18 et 36 ans) auraient même adopté des habitudes d’investissement plus proches de celles de leurs grands-parents, issus de la Grande dépression, que de leurs parents, issus du "baby-boom"! Selon le "Global Investment Survey" mené dans 17 pays, 57% des investisseurs affirment que leurs décisions d’investissement restent influencées par le krach boursier de 2008 et par la récession qui a suivi. Les membres de la génération Y sont les plus touchés, parce qu’ils ont atteint leur majorité pendant la crise, au moment où ils avaient pour la première fois l’opportunité d’épargner et d’investir. Ces "Millenials" épargnent aujourd’hui comme leurs grands-parents. Mais, dans le même temps, ils restent paradoxalement optimistes en matière de performance de leurs investissements. Des investissements qui prennent davantage en compte des critères environnementaux et de bonne gouvernance.

Pour Vincent Van Dessel, les jeunes doivent absolument investir en actions, placement gagnant sur le long terme. "Lorsqu’ils ont entre 6 et 12 ans, on devrait leur offrir une ou deux actions de sociétés qu’ils connaissent. La mise ne doit pas être importante. Je vous assure qu’ils auront beaucoup appris sur l’investissement quand ils auront 18 ans".

Comment le patron de la Bourse de Bruxelles voit-il les 10 prochaines années? "Je crois très fort aux cycles. Il y aura encore des joies et des pleurs. Mais il faut profiter des pleurs pour prendre des positions. Et diversifier, diversifier, diversifier…"

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