Les Etats-Unis et l'Europe n'ont pas les mêmes vulnérabilités

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Ben Wittes, expert du contre-terrorisme au sein de la Brookings Institution, l’un des plus prestigieux think tank américains, a grandi à Washington. Il se souvient avec nostalgie de l’époque où l’on pouvait encore circuler en voiture aux abords immédiats de la Maison blanche et entrer librement dans les bâtiments publics. Depuis les attentats du 11 septembre dont on commémorera dimanche le dixième anniversaire, ce temps est révolu.

Dans quelle mesure peut-on dire que la réponse apportée par le gouvernement US au 11 septembre a changé la vie des gens?

Les mesures de sécurité adoptées après le 11 septembre peuvent se répartir en trois groupes. Primo, il y a les mesures qui n’affectent pas l’Américain moyen. Il s’agit par exemple de l’ouverture de la prison de Guantanamo. Deuxio, il y a les mesures qui pourraient affecter la population, sans qu’elle le sache forcément. C’est ici que l’on retrouve le Patriot Act grâce auquel le FBI peut collecter des informations sur les citoyens dans le plus grand secret. Tertio, nous avons les mesures qui ont un impact direct sur la vie des gens. Mais elles ne sont pas nombreuses et concernent généralement la sécurité dans les aéroports.

Le gouvernement a-t-il eu raison de se focaliser ainsi sur la sécurité dans les aéroports?

C’est d’où la menace est venue le 11 septembre et il mène donc un peu la dernière guerre. Mais il faut être conscient de l’importance du trafic aérien pour les Etats-Unis. Ils en dépendent beaucoup plus que l’Europe à cause des grandes distances. L’économie américaine dépend largement de son réseau aérien. L’Europe en dépend aussi d’ailleurs, au niveau des vols transatlantiques. Puis, les terroristes sont toujours obsédés par les avions. Les deux dernières tentatives d’attentats contre les Etats-Unis impliquaient des avions. Maintenant, même si cela ne me choque pas que le réseau ferroviaire et les métros ne soient pas une priorité pour le gouvernement, je trouve néanmoins que pas de sécurité du tout n’est pas une bonne chose. Les métros de New York, Washington, Chicago, San Francisco sont très vulnérables.

Avez-vous l’impression que les Européens sont sur la même longueur d’ondes que les Américains en matière de risque terroriste?

Les Etats-Unis et l’Europe font chacun face à des risques, mais pas de même nature. En Europe, vous avez eu (et avez toujours) des mouvements séparatistes comme l’ETA en France et en Espagne, nous pas. En France, les banlieues représentent une menace. Nous ne connaissons pas cette situation aux Etats-Unis car nous avons toujours su mieux intégrer les immigrés dans la société. D’un point de vue plus historique, nous n’avons jamais connu de violences politiques comparables à celles liées aux Brigades rouges en Italie ou à la Fraction armée rouge en Allemagne. Par contre, nous avons le problème du port d’armes. Dans certaines parties du pays, les gens chassent encore pour se nourrir au quotidien!

C’est probablement parce qu’il est beaucoup plus facile de se procurer une arme aux Etats-Unis que des tueries comme nous en avons eues dans plusieurs de nos écoles ou à Tucson sont plus fréquentes chez nous.

Concernant les menaces venant de l’extérieur, êtes-vous soulagés de la mort d’Oussama ben Laden ou la mouvance Al Qaïda reste-t-elle aussi menaçante?

Le fait qu’Al Qaïda ait été décapité est une excellente chose. Ben Laden était une source d’inspiration pour de nombreux terroristes. Mais une multitude de nouveaux leaders sont apparus dans la péninsule arabe, au Yémen par exemple, et dans les zones tribales du Pakistan. Ce sont des gens terrifiants. Ils sont plein de ressources, ils sont intelligents et n’ont qu’une idée: attaquer les Etats-Unis. Al Qaïda est devenu une franchise internationale, un peu comme McDonald’s.

L’administration Obama s’est récemment inquiétée des risques liées aux activités de "loups solitaires"...

On va devoir vivre avec ce genre de risque pendant un certain temps. Après la fusillade de l’université de Virginia Tech, en 2007, et les attaques de Bombay, en 2008, les personnes mal intentionnées se sont rendues compte qu’il ne fallait pas forcément beaucoup de moyens pour semer la terreur. Je suis certain que le terroriste d’Oslo, Anders Behring Breivik, s’est inspiré de ce genre d’attaque. Il s’est aussi certainement intéressé à l’attentat d’Oklahoma City en 1995 car, lui aussi, a utilisé une bombe fabriquée à partir d’engrais dans son attaque contre les bâtiments du gouvernement norvégien.

Les terroristes s’inspirent mutuellement donc...

Oui, ils prennent généralement exemple sur des attaques qui sont efficaces et reproduisent ces schémas. On a vu ce phénomène avec les attentats suicides. C’est le Hamas qui a commencé à les perpétrer au début des années nonante. Ensuite, les terroristes du monde entier ont pris exemple sur eux. Plus personne ne voulait détourner des avions, alors que c’était le genre d’attaque classique dans les années 70 et 80. Puis, Al Qaïda a utilisé des avions comme bombe avec le "succès" que l’on connaît. Depuis, les terroristes sont obsédés par les avions.

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