La Régie, aux prémices de Belgacom

La structure de l’opérateur historique, réservoir d’emplois de l’État belge, a fortement évolué avec le temps. Libéralisation oblige.

En 1879, les services télégraphiques belges installent une première ligne téléphonique au Parlement. C’est l’effet boule de neige: dans les grandes villes, divers entrepreneurs privés déposent des demandes d’exploitation de réseaux.

En 1913, alors que l’Allemagne réunit ses troupes, une grande partie de la Belgique est "branchée": gares, bureaux de poste et de télégraphe sont équipés de cabines téléphoniques publiques. En 1918, c’est le désert. Le secteur s’est harmonisé sous la tutelle de l’administration des télégraphes et téléphones, mais les dommages créés par la guerre et le démantèlement partiel du réseau ont anéanti l’avancée technologique que la Belgique avait pu prendre.

Les efforts de l’administration pour mettre en œuvre la modernisation du réseau téléphonique durent une décennie. En vain, faute de moyens. Le chantier exige la mise en place d’une gestion à long terme de type industriel et une plus grande autonomie financière. Le monde politique tranche. Il procède, le 19 juillet 1930, à la création de la Régie des Télégraphes et Téléphones…

La joie du monopole

La RTT n’est plus tributaire des budgets annuels de l’État. Des millions sont investis dans une infrastructure flambant neuve. Le téléphone pénètre dans de plus en plus de foyers, au-delà des clivages sociaux.

La Seconde Guerre mondiale freine quelque peu la dynamique mais l’entreprise est reine sur le marché et la demande en services de télécommunication s’accroît à un rythme élevé: 350.000 abonnés en 1946, 522.000 en 1951, plus d’un million en 1965. La RTT vit ses belles années. Vastes, ses bureaux servent à l’État de réservoir à l’emploi pour contrer la montée du chômage, ce qui pèse sur ses coûts, mais elle traverse la crise de 1973 sans grands heurts.

Révolution "livre vert"

L’Europe sonne le glas: la Régie est réveillée dans sa torpeur lorsque la Commission, dans son Livre vert de 1987, propose un calendrier pour la libéralisation du secteur. Avec en point de mire, l’ouverture des marchés de téléphonie et d’infrastructures pour 1998.

Urgence apparaît (enfin), au sein du gouvernement, de bousculer les structures de manière à promouvoir l’offre d’un certain nombre de services, mais surtout de garantir un niveau de compétitivité européen à la RTT, sous peine de la voir moribonde ou bien se faire croquer. Le cadre vers une modernisation est planté avec l’adoption de la loi du 21 mars 1991 sur les entreprises publiques.

Le 4 septembre 1992, la RTT prend le nom de Belgacom. À la tête de l’entreprise, Bessel Kok (CEO) et Benoît Remiche (président) entament les douze travaux d’Hercule: l’opérateur dresse ses premiers véritables comptes annuels, le statut des 27.000 salariés est revu, etc.

"Les abonnés doivent devenir des clients", clame Bessel Kok qui part en guerre contre les délais d’attente: 45 jours pour raccorder un nouvel abonné sous l’ancien régime!

20 ans de croisade

En 1995, John Goossens prend le relais d’un duo écarté sur fond de lutte de pouvoir. "Belgacom était comme un porte-avions gigantesque où l’on demandait au pilote de faire la cuisine et où, le temps d’arriver à la salle des machines, on était déjà sur l’iceberg", résuma un jour le CEO en référence à la lourdeur des procédures, aux 3% seulement du personnel dotés d’un diplôme d’études secondaires supérieures, à l’absence de stratégie.

Sous son impulsion, 17.000 personnes changent de fonction. Cinq grands pôles stratégiques sont définis.

Aidé par l’Américain PacTel absorbé, par la suite, par Vodafone l’ex-RTT a réussi avec succès son entrée dans la téléphonie mobile.

Quand John Goossens décède inopinément à l’hiver 2002, Didier Bellens prend le relais.

Belgacom dont le capital a été, entre-temps, ouvert à 49,9% à un consortium d’opérateurs étrangers fait son entrée sur Euronext Brussels en 2004. L’entreprise rachète la participation de 25% que détient Vodafone dans sa filiale mobile Proximus et se diversifie avec le lancement de Belgacom TV en février 2006, le rachat du spécialiste des services informatiques Telindus, de l’opérateur low cost Scarlet, de lourds investissements dans l’internet haut débit. Fin 2003, les revenus engendrés par la téléphonie fixe pesaient pour 34% des revenus de l’ex-RTT… contre 15% à la fin du dernier trimestre. La mue a pris. Au nom de la convergence, Didier Bellens intègre en janvier 2010 l’ensemble des filiales. Le "nouveau" Belgacom se veut plus innovant et plus proche de ses clients… Mais, à l’heure des "packs", sur un marché de plus en plus ouvert, la question de l’adossement du groupe à un "grand" européen refait surface. Et l’État belge se séparera-t-il un jour de ses parts?

François Bailly

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés